Test et validation d’une taxonomie : ressources pour le Card Sorting

7 décembre 2009

Articles et présentations

Analyse des résultats

  • «When performing analysis on larger numbers of cards, we suggest using a spreadsheet. Enter the results into a spreadsheet, making sure to capture the title and number on each card. »(Maurer (Spencer), D. & Warfel, T. 2004)
  • «Another technique for analyzing data can be found in “Analyzing Card Sort Results with a Spreadsheet Template”; by Joe Lamantia.» (Maurer (Spencer), D. & Warfel, T. 2004)

Outils


Taxonomie : petit dossier de lecture

18 octobre 2009

Il y a quelques mois, je réalisais un dossier de lecture sur la taxonomie. Je ne savais pas alors que ce serait exactement ce que j’aurai comme métier… Ce sera intéressant de confronter mes premières impressions d’étudiantes avec mon expérience sur le terrain.

Voici donc le premier volet : le regard d’une étudiante.

Dossier : Taxonomie

Le but de ce dossier de lecture sur le concept de taxonomie est de faire un tour global sur le sujet pour comprendre son utilité, ses domaines d’applications et ses usages étendus au domaine de l’entreprise et dans l’univers numérique. Nous avons donc privilégié ici des articles qui apportaient des définitions et nous aidaient à cerner la variété possible de schémas et d’utilisation des taxonomies. Ceci nous a donné l’occasion de voir l’évolution de la terminologie mais également l’évolution interne à ce concept depuis quelques années avec notamment l’apparition de l’indexation sociale (ou folksonomie) et l’élargissement à partir du domaine de la gestion des publications à la gestion de l’information globale à l’intérieur des entreprises. C’est-à-dire que l’usage de la taxonomie s’étend au-delà du périmètre d’un centre de documentation, d’une bibliothèque, d’un catalogue ou même de la navigabilité au sein d’un site internet, elle peut s’appliquer aussi à l’ensemble de l’organisation des ressources informationnelles d’une entreprise (soit l’information créée à des fins de publication et de diffusion et l’information créée dans le cadre des activités d’une entreprise).

Le premier article : Knowledge taxonomies, écrit par Jo Anne Côté de l’Université McGill, en 2005, évoque le rôle des professionnels en information dans la création et l’usage des taxonomies.

Le deuxième : Taxonomies to tags : from tree to piles of leaves, de David Weinberger, nous parle des origines de la taxonomie jusqu’à l’usage des étiquettes (tags), de nos jours, pour organiser le savoir.

Le troisième : How semantic tagging increases findability, d’Heather Hedden, tout frais sorti de presse, évoque une évolution du vocabulaire pour désigner la taxonomie, l’extraction d’information et l’indexation au sein de l’industrie qui utilise et vend ce genre de services.

Enfin, le dernier article, mais non le moindre, Disembodied information, de Ruth Frendo, évoque la perspective de la taxonomie dans un contexte de gestion de l’information corporative dans sa globalité et de sa complémentarité avec les plans de classification (dans le sens archivistique du terme : organisation selon les fonctions de l’entreprise et non des sujets), ce à quoi et les archivistes, et les bibliothécaires devraient veiller de concert.


Côté, Jo Anne. 2005. Knowledge taxonomies. Information Outlook, vol.9, no 6, juin 2005 : p. 45-52

Note sur l’auteur et la publication

Jo Anne Côté possède une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information de l’Université McGill. Elle était bibliothécaire à la référence à la McGill Music Library et la Reginald J.P. Dawson Library à Montréal, au moment de la rédaction de cet article.

 Information Outlook est une publication de la Special Libraries Association (SLA).

Résumé

Dans cet article, l’auteure met en valeur les compétences des professionnels de l’information qui sont utiles et nécessaires pour établir une taxonomie au sein d’une organisation.

Après avoir défini ce qu’est la taxonomie, soit une aide au repérage de l’information qui établit le portrait de concepts abstraits, reflétant les différentes formes que peut prendre la connaissance, sous forme tangible ou intangible.

Elle développe son argument autour des compétences de base nécessaires pour mettre en place cette dernière : techniques d’analyse, de condensation, de recherche, connaissance du catalogage et des systèmes de classification, capacité de synthèse et connaissance des principes du vocabulaire contrôlé, des thésaurus et de l’indexation. Elle signale que les professionnels de l’information possèdent ces savoir-faire et qu’ils sont transférables dans le cadre de la création d’une taxonomie, quel que soit son type : taxonomie à plat (sans relation entre les catégories), taxonomie hiérarchique (architecture en arborescence), réseau de taxonomies (architecture complexe composée de nœuds ayant plus d’une relation parentale) ou taxonomie à facette (ex. : les métadonnées).

De plus, les professionnels de l’information possèdent des compétences interpersonnelles comme l’écoute, l’usage des entrevues et la capacité de s’exprimer efficacement à l’oral comme à l’écrit, qui sont indispensables.

Elle conclut que malgré des désavantages des méthodes traditionnelles en taxonomie, les professionnels de l’information ont leur place dans le domaine des taxonomies du savoir qui consiste à représenter la réalité de ce dernier au sein d’une organisation et à aider les clients à identifier et repérer l’information selon leurs besoins spécifiques.

 


Weinberger, David. 2005. Taxonomies to tags : from trees to piles of leaves. Release 1.0, vol. 23, no 2, février 2005. En ligne < http://downloads.oreilly.com/radar/r1/02-05.pdf >

 Note sur l’auteur et la publication

David Weinberger est un technologue spécialiste de l’Internet (il possède un doctorat en philosophie). Écrivain, chroniqueur, il enseigne The web difference à la faculté de droit de Harvard conjointement avec un autre professeur. Il s’intéresse particulièrement aux taxonomies, aux ontologies et aux métadonnées et comment les principes de base de l’organisation des choses du monde sont en train d’évoluer.[1]

 Release 1.0 est une publication numérique éditée par Esther Dyson depuis 1983, acquise par O’Reilly en 2006, le bulletin de nouvelles a été renommé Release 2.0 (http://radar.oreilly.com/r2/ ). Elle se spécialise dans l’observation de l’évolution des technologies de l’information.

 Résumé

Cet article d’une trentaine de pages évoque l’évolution du concept de taxonomie en tant qu’organisation du savoir depuis Aristote jusqu’à nos jours avec l’émergence de l’indexation sociale : «The idea that knowledge is shaped like a tree is perhaps our oldest knowledge about knowledge».

Il illustre les définitions, avantages, inconvénients de trois types de taxonomies : la hiérarchie, les facettes et les étiquettes (tags), par des exemples d’usage et de choix stratégiques de différents gros joueurs dans le monde Internet (fournisseurs de services ou de logiciels). Commençant par aborder la classification de Dewey, il présente le répertoire de Yahoo !, le choix de Corbis pour le vocabulaire contrôlé, l’automatisation de la catégorisation de ClearForest, l’OSA Foundation, Endeca et Siderean pour l’usage des facettes, del.icio.us, Flickr, Wikipedia, Frassle et Technorati sur l’usage des étiquettes (tags) et de l’indexation sociale (folksonomie).

Il conclut que l’utilisation des étiquettes (tags) est une révolution et force l’innovation en taxonomie. Par contre, il met en doute l’efficacité de l’usage de l’étiquetage à lui seul, sur le long terme, pour organiser le savoir et faciliter le repérage. L’étiquetage amène une perte du contexte qui nuit à la compréhension et au tri des concepts entre eux. Conscient, que l’on se trouve au début d’une transformation, il pose plusieurs questions sur l’avenir possible d’un usage conjoint des taxonomies telles qu’utilisées jusque là et cette nouvelle forme d’indexation. Il souligne que ces changements de paradigme offrent de nouvelles opportunités pour une nouvelle industrie dont, notamment, des experts de contenu (spécialistes en schémas de relations et de vocabulaire contrôlé), des courtiers en tags (fournissant grappes d’étiquettes reliées entre elles, outils d’automatisation, outils d’étiquetage sur la base d’abonnements) et des fournisseurs services de forages de données pourront tirer profit.


[1] Source : David Weinberger – Berkman Center. En ligne http://cyber.law.harvard.edu/people/dweinberger (consulté le 12 octobre 2008, page mise à jour le 27 mars 2008)

 

Hedden, Heather. 2008. Semantic tagging increases findability. EContent, vol. 31, no 8, octobre 2008 : p. 38-43.

Note sur l’auteur et la publication

Heather Hedden est spécialiste en taxonomie avec Viziant Corporation à Boston. Elle est également consultante, Hedden Information Management, et enseigne dans le cadre d’ateliers de formation continue au Simmons College School of Library and Information Science.

 Le magazine EContent se spécialise dans l’information concernant le contenu numérique : «essential reading for executives and professionals involved in content creation, management, acquisition, organization, and distribution in both commercial and enterprise environments

 Voir aussi :

Hedden, Heather. 2008. Taxonomy tool roundup. EContent, avril 2008 : p.40-44. Disponible en ligne via Maestro pour les étudiant de l’UdeM.

Hedden, Heather. 2008. Better living through taxonomies. Digital Web Magazine, 5 février 2008. En ligne <http://www.digital-web.com/articles/better_living_through_taxonomies >

 Résumé

Cet article nous présente l’émergence d’une nouvelle notion qui se répand dans l’industrie spécialisée dans les technologies de l’information le «semantic tagging». Plusieurs moyens aident à trouver l’information : l’indexation selon un vocabulaire contrôlé, l’architecture de l’information (navigabilité), moteurs de recherche, les signets et l’indexation sociale. Chacune de ces méthodes a ses propres limites. Issu de nouvelles techniques et outils développés dans le contexte très compétitif de l’industrie de l’information, le «semantic tagging» est compris selon plusieurs définitions. Ce concept est identifié dans trois secteurs : l’indexation, l’extraction de l’information et l’indexation sociale.. 

Pour certains, il n’y a rien de nouveau là : il s’agit d’attribuer des mots issus d’un vocabulaire contrôlé, par des professionnels, à certains contenu, l’aspect sémantique étant apporté par le fait que l’opération est effectuée par un être humain. Pour d’autres, ce qui distingue l’indexation sémantique de la forme traditionnelle de l’indexation par sujet, c’est que le processus se concentre sur les concepts à l’intérieur d’un document plutôt que sur le document en tant que globalité. Dans le monde de l’extraction de l’information, les nouvelles technologies telles que la catégorisation automatique ou l’analyse textuelle automatisée relèveraient du «semantic tagging» intégré aux moteurs de recherche. Enfin, du côté de l’indexation sociale, l’étiquetage distribué et relié en réseau à des synonymes ou à une carte standardisée de sujets constitue un service de «semantic tagging».

L’auteure conclut que le «semantic tagging» peut être défini comme l’indexation pour le web sémantique. Cela implique que les étiquettes (tags) sont reliées aux spécifications RDF (Resource Description Framework) ou au OWL (Web Ontology Language) du W3C. Bref, il ne s’agit pas simplement d’associer des sujets à des termes mais d’ajouter des métadonnées à propos des étiquettes apposées. Ceci donne une autre perspective à l’indexation sociale se résumant à traduire la popularité d’un terme et s’oriente davantage vers une facilitation du repérage de l’information (meilleure réponse possible).

  

Frendo, Ruth. 2007. Disembodied information : metadata, file plans, and the intellectual organisation of records. Records Management Journal, vol. 17, no 3 : p. 157-168

Note sur l’auteur et la publication

Ruth Frendo est une étudiante à l’Université de Glasgow où elle étudie dans le cadre d’un MSc en Information Management and Preservation.

 Le Records Management Journal traite de tous les aspects concernant la gestion des documents (dans le sens records management).

 Résumé

L’auteure fait un état de la question autour des pratiques contemporaines de gestion de l’information dans un contexte où cette dernière est de plus en plus isolée de son contexte et dématérialisée. La problématique se rapporte au traitement et à la circulation de l’information tout au long de son cycle de vie au sein d’une organisation. Alors qu’une entreprise a besoin de connaître le contexte de création de ses documents, de prouver qu’ils sont authentiques et non altérés, les métadonnées deviennent les témoins d’une traçabilité qui aide à établir ces faits dans un contexte numérique. Cependant, les métadonnées peuvent ne pas suffire pour établir le contexte de création puisque leur lien est fragile avec le document qu’elles décrivent ou qualifient. Mis à part l’avantage de pouvoir automatiser l’indexation, l’usage unique des métadonnées comporte des désavantages : la machine n’est pas aussi intelligente qu’on le souhaiterait (elle ne repère pas les ambiguïtés, ne comprend pas les concepts, ni les liens entre ceux-ci par elle-même) d’où la nécessité d’une taxonomie pour structurer les données et reconnaître le degré de profondeur d’un concept. Cependant, même une taxonomie ne s’avère pas suffisante pour révéler le contexte de création d’une information ce qui est nécessaire pour une information organique et l’est moins pour une information ayant fait l’objet d’une publication où le lien de propriété intellectuelle est plus facilement identifiable. Les métadonnées sont pertinentes quand l’information est un produit de consommation et un outil de marketing, mais le sont-elles pour la gestion de l’information ? En conclusion, les métadonnées sont pratiques d’usage et sans doute moins coûteuses à mettre en place. Leur implantation est viable à court terme. Mais, elles ne peuvent totalement remplacer le rôle d’un plan de classification dont l’objectif est d’aider à planifier le cycle de vie et mettre en contexte l’information reçue et créée par les entreprises dans le cadre de leurs activités : ce qui est important au présent comme au futur pour une saine gestion et préserver la signification de l’information.

 Conclusion

Les articles retenus présentaient des points de vue complémentaires et différents sur le concept de taxonomie.

 Les professionnels de l’information ont d’importants atouts pour prendre leur place dans le domaine de la taxonomie. En effet, cette dernière n’est pas simplement un outil technique de structuration de l’information ajouté aux commodités possibles d’un site web, tel que les professionnels en technologies de l’information ou les ergonomes ont tendance à l’utiliser ou le comprendre. Une taxonomie peut être essentielle pour aider l’utilisateur à trouver l’information dont il a besoin, même s’il ne sait pas exactement ce qu’il cherche. Exercé à organiser la complexité du savoir, à comprendre les questionnements et les attentes des utilisateurs, ainsi que l’ambiguïté des termes, les professionnels de l’information sont bien placés pour être les interlocuteurs privilégiés dans le cadre de la mise en place d’une taxonomie pour le système d’information d’une entreprise conjointement avec les autres professionnels et les utilisateurs.

 Outil de repérage aux multiples visages et toujours en évolution, la taxonomie peut également être un outil de marketing, comme nous l’a montré l’article sur la segmentation stratégique des marchés ou l’utilisation des étiquettes pour exprimer ou repérer la popularité d’un terme et donner plus de visibilité à certaines informations. Dans le mouvement de dématérialisation de l’information (contenu séparé du support mais aussi de plus en plus décontextualisé), la taxonomie permet de maintenir des liens entre différents concepts ou au sein d’un même concept et, donc, une meilleure compréhension de l’information et de sa validité.

 Cependant, en s’étendant en dehors du périmètre contrôlé d’un site web ou d’une interface utilisateur, l’usage d’une taxonomie seule n’est pas suffisant pour retracer l’authenticité, la validité ou témoigner de l’existence originelle et intentionnelle de cette information. Si appliquée à une information organique (créée dans le cadre des activité d’une entreprise), une taxonomie doit être accompagnée d’un plan de classification calqué sur les activités de l’entreprise concernée.

 Ce que nous retenons, c’est qu’il est nécessaire de rester conscient qu’aucune taxonomie n’est neutre, ni n’est destinée à être objective. Dans le cadre particulier d’une entreprise, nous ne nous inscrivons pas dans une perspective humaniste et universelle de l’organisation du savoir. Nous savons qu’une taxonomie révèle et doit refléter la culture de la société ou d’une organisation. Elle se doit de coller à la réalité qu’elle représente en répondant à des objectifs précis. L’information n’est pas organisée pour la beauté de l’exercice, une taxonomie répond à des fins qu’il est bon d’identifier.

 La taxonomie est un outils complémentaire à la recherche plein texte, puisqu’elle permet de plus rapidement identifier les concepts et d’éviter les ambiguïtés, ce que ne permet pas la recherche plein texte à elle seule. Une taxonomie qui mixte hiérarchie et facette semble le plus efficace pour permettre de naviguer du global au spécifique et inversement. Les relations entre différents «silos», c’est-à-dire une navigation horizontale et transversale, permet de compenser quelque peu le risque de rester dans une trop grande spécificité, laissant croire à l’utilisateur que l’information n’existe pas ou n’est pas disponible à tort s’il s’engage dans une branche qui ne contient finalement pas l’information qu’il cherche.

Si l’indexation sociale laisse entrevoir d’autres possibilités et permet aux utilisateurs de s’approprier un contenu, l’intervention d’un contrôle et d’un cadre de référence n’en est pas moins important pour assurer une cohérence globale et répondre au besoin de base pour lequel le concept de taxonomie est né : permettre d’avoir une vue d’ensemble et faciliter le repérage de l’information particulièrement quand il faut gérer la complexité. Complexité qui s’accroît d’ailleurs d’autant avec la diversité des interprétations possibles et l’accroissement exponentiel de la quantité d’information disponible.

 Enfin, étant donné qu’un système d’information corporatif ne se limite pas à son intranet (compris en tant qu’information rendue disponible et partagée via un navigateur) mais intègre également les informations créées par et nourrissant des activités administratives, financières, légales et spécifiques à une entreprise, il est important de voir et réfléchir à la question de savoir si une taxonomie peut être ou est un outil valable, efficace et pertinent, à lui seul et à quelles conditions, pour organiser l’information organique et baliser son traitement tout au long de son cycle de vie, de sa création à son élimination ou son versement aux archives définitives, donc dans une perspective de conservation pérenne et à long terme. L’information organique aussi peut être et devrait être considérée comme un intrant et une source de savoir dans le cadre d’une gestion des connaissances, pour ne citer que cet exemple. Les enjeux et les points de vue de la documentation (trouver l’information pertinente) et de gestion (organiser l’information pour répondre à des obligations administratives, légales et financières) ne sont pas en compétition mais bien en complémentarité, particulièrement dans un contexte corporatif, tout en ayant chacun leurs exigences spécifiques. Dans le contexte du numérique, il devient d’autant plus pertinent et important pour les professionnels de l’information de connaître à tout le moins les bases régissant ces différents aspects concernant l’information et les ressources informationnelles que l’on aura à gérer.


Recommandations

Dans notre exploration des articles, nous n’avons volontairement pas insisté sur les logiciels ou applications qui intègrent, aident à la création manuelle ou permettent l’automatisation ou l’importation d’une taxonomie. Il en existe plusieurs et l’industrie, comme le reste de l’industrie des technologies de l’information, est en constante évolution. Chaque application répond à des besoins et des objectifs différents (applications dédiées, portails, fournisseurs de services, etc.). L’évaluation de chaque logiciel ou service doit s’effectuer en fonction de besoins précis.

 Pour information, voici quelques joueurs et produits parmi les plus répandus pour développer des taxonomies personnalisées manuellement (Hedden, avril 2008) : MultiTes Pro (www.multites.com), Term Tree (www.termtree.com.au), TCS-10 (www.webchoir.com).

 Une taxonomie doit, entre autres, :

         Être collée à la réalité des besoins informationnels des utilisateurs et à la culture de l’entreprise où elle sera implantée .

         Être homogène et cohérente : il n’est pas idéal de mêler produits et fonctions par exemple. Dans ce cas, l’un peut être une des facettes de l’autre mais non se retrouver au même niveau.

         Être évolutive : l’information est comme un organisme vivant, elle évolue. Les grandes classes doivent être suffisamment larges pour permettre aux catégories inférieures de croître tout en évitant une trop grande profondeur, si possible (ergonomiquement, cela impliquerait trop de clics et découragerait le furetage).

-    Attention aux chevauchements d’une catégorie à l’autre, cela engendre un risque d’ambiguïté ;

         Correspondre au vocabulaire utilisé par les utilisateurs. Dans le cas d’un intranet, il faut repérer la terminologie utilisée et à mettre en valeur pour assurer que les employés parlent le même langage et se comprennent les uns les autres : si l’on arrive à déterminer une base commune la communication est facilitée d’un département à l’autre. D’un autre côté, identifier des experts de contenu, pour les unités qui utilisent un vocabulaire très spécifique, est indispensable pour s’entendre la définition d’un terme et valider s’il s’agit bien du concept tel que compris et utilisé. Cela permet, de plus, d’intégrer plus rapidement les nouveaux employés.

         Ne pas être utilisée comme seul moyen d’organisation (soit en tant que métadonnées, essentiellement de description et par sujet) de l’information au sein d’un système d’information corporatif. L’implantation d’une taxonomie ne dispense pas de la pertinence d’utiliser un cadre de classification en fonction des activités de l’entreprise afin d’assurer une gestion cohérente et permettre de faire une transition plus facile entre les besoins à court terme (décisions, compétitivité, production, etc.) et à long terme (patrimonial, scientifique et historique).

 En résumé, une taxonomie est bâtie sur la base d’un dialogue entre plusieurs interlocuteurs : utilisateurs, experts de contenus, professionnels des technologies de l’information et ergonomes avec l’appui des hauts responsables dans le respect de la vision, de la culture et des objectifs de l’entreprise.

 

Bibliographie

Côté, Jo Anne. 2005. Knowledge taxonomies. Information Outlook, vol.9, no 6, juin 2005 : p. 45-52

Frendo, Ruth. 2007. Disembodied information : metadata, file plans, and the intellectual organisation of records. Records Management Journal, vol. 17, no 3 : p. 157-168

Hedden, Heather. 2008. Semantic tagging increases findability. EContent, vol. 31, no 8, octobre 2008 : p. 38-43.Hedden, Heather. 2008. Taxonomy tool roundup. EContent, avril 2008 : p.40-44. Disponible en ligne via Maestro pour les étuidiants de l’UdeM.

Hedden, Heather. 2008. Better living through taxonomies. Digital Web Magazine, 5 février 2008. En ligne <http://www.digital-web.com/articles/better_living_through_taxonomies >

Weinberger, David. 2005. Taxonomies to tags : from trees to piles of leaves. Release 1.0, vol. 23, no 2, février 2005. En ligne < http://downloads.oreilly.com/radar/r1/02-05.pdf >


La notion de genre(s) : un outil transférable pour l’évaluation des documents numériques.

21 août 2009

J’ai fini par réaliser la suite de mon billet précédent Diplomatique et théorie des genres, complémentaires ?. Je me suis arrangée pour le faire dans le cadre d’un cours que j’ai suivi cet hiver (hiver 2009) à l’EBSI dans le cadre du cours blt6112- Évaluation des archives donné par Yvon Lemay.

Le résumé est le suivant :

Dans le contexte du numérique, un document ne se trouve plus être un objet fixe et stable. Les informations échangées via les technologies de l’information, avec l’usage de plus en plus répandu des outils collaboratifs et des réseaux sociaux, tendent à rapprocher les ressources produites, bien qu’inscrites sur un support, davantage de la tradition orale (non fixité apparente de la forme et du contenu), que de l’imprimé, qui a historiquement fixé les formes et le contenu en raison de l’héritage technique de la procédure d’impression. Après avoir rapidement parlé du concept de document, nous avons rapidement passé en revue quelques lectures sur le concept de genre. Nous avons ainsi constaté que les genres prenaient en compte le contenu mais aussi la structure rhétorique alliant forme et contenu selon une approche rappelant les bases de la diplomatique.

Référence bibliographique : Michel, Karin. 2009. La notion de genre(s) : un outil transférable pour l’évaluation des documents numériques. Travail réalisé dans le cadre du cours BLT6112 L’évaluation des archives. Montréal : Université de Montréal, École de bibliothéconomie et des sciences de l’information.

Vous trouverez le document complet sur le dépôt institutionnel de l’Université de Montréal, Papyrus, à l’adresse suivante : http://hdl.handle.net/1866/2938.

Et un des mes prochains thèmes  sera la taxonomie, d’autant plus qu’il s’agit de mon travail actuel : taxonomiste d’entreprise chez SNC-Lavalin.


Du rôle des archives et des archivistes [mis à jour]

25 juillet 2009

Mise à jour du 2009-07-25

Lien vers une pétition web contre la disparition de la Direction des archives de France par l’Association des Archivistes de France: http://www.petitionduweb.com/Disparition_de_la_Direction_des_archives_de_France-4434.html

——- Billet original 2008-08-02 ——-

Devant la tentative des archivistes français de mobiliser un débat autour de la disparition de la Direction des Archives de France, dans le cadre de la réforme générale des politiques publiques (RGPP) lancée par le gouvernement français actuel, je ne peux manquer de réagir.

Cependant, je ne veux pas mettre l’accent sur les enjeux avec les arguments traditionnels utilisés autour du patrimoine, de l’histoire, du maintien de la démocratie.

Je souhaite davantage souligner que :

- les archives sont collées au présent : il n’y a pas un seul jour où vous ne lisez pas, visionnez pas, n’écoutez pas de l’information issue des archives même si elle n’est pas présentée telle quelle.

Les archives nourrissent la créativité des écrivains, des cinéastes, des musiciens, des journalistes, etc. Sans archives, pas de rayonnement culturel à l’international ou même local. Elles alimentent les nouvelles, les débats de société, les documentaires riches en contenu, le discours des philosophes… et des politiques, eh oui.

- les archives servent l’avenir : que devient la recherche universitaire sans archives ?

Les archives ne sont pas que la matière première pour les historiens, mais aussi pour les sociologues, les psychologues et psychiatres, les chercheurs en médecine (avec la médecine généalogique mais aussi pour retracer les épidémies), les chercheurs scientifiques et les économistes (des chiffres hors contexte ne veulent rien dire), etc. N’a-t-on pas dernièrement soulevé le manque de compétitivité des universités françaises à l’international : comment voulez-vous qu’elles se positionnent sans corpus de recherche dûment accumulé ?

- les archives aident à l’efficacité administrative, que ce soit au niveau des entreprises privées que pour les organismes publics. Combien coûte un document qui n’est pas trouvé à temps en recherches vaines ? Combien de contrats manqués pour cause de manque de documentation ? ou de non respect des échéanciers ?

- les archives ou plutôt les réflexions sur le contenu des archives permettent de jeter les bases d’une cohésion sociale et de définir une identité. Les archives ne permettent pas seulement de contrôler la bonne gouvernance mais aussi à nourrir les semences de l’identité de demain. Ce qui est crucial dans cette époque de transition où les nationalismes hérités du 19e siècle, en occident, sont déchirés et tentent de se redéfinir dans le contexte de la mondialisation, de mobilité de la main-d’oeuvre et suite à la décolonisation.

- les archivistes peuvent apporter des réponses face aux nouvelles problématiques techniques et sociétales que posent les documents numériques. Les professionnels du document étudient depuis longtemps l’évolution des inscriptions du savoir et sont donc des vecteurs pour aider à définir une certaine stabilité dans ce tourbillon d’informations et de nouvelles technologies qui changent nos manières de voir et de faire.

Nous sommes donc loin des vieux papiers poussiéreux qui n’intéressent que quelques chercheurs et individus que certains s’imaginent excentriques. Réfléchissez-y.

À propos du débat :

Position officielle de l’Association des archivistes français (AAF), ici.

Texte de la pétition, ici. (format doc, ouvre une fenêtre de téléchagement). Version web (html), ici.


Ces super héros… les archivistes

9 mai 2009

Digital Preservation and Nuclear Disaster: An Animation


Rapport sur une stratégie de préservation et d’accès aux données scientifiques numériques

20 février 2009

Le groupe de travail sur les données numériques (Interagency Working Group on Digital Data- IWGDD) du comité du Conseil national en science et technologie des États-Unis (National Science and Technology Council’s (NSTC) Committee) a publié un rapport détaillant une stratégie pour promouvoir la conservation et l’accès aux données scientifiques numériques.

Texte du message original diffusé sur la liste ERECS-L par Mark Conrad (2009-02-20) :

«The Interagency Working Group on Digital Data (IWGDD) of the National Science and Technology Council’s (NSTC) Committee on Science has issued a report detailing a strategy to promote preservation of, and access to, digital scientific data. The National Archives and Records Administration (NARA) was one of the agencies that participated in the development of this report. Kenneth Thibodeau and Robert Chadduck of the Electronic Records Archives (ERA) Program Management Office served as NARA’s representatives to this group

Le rapport de l’Interagency Working Group on Digital Data (IWGDD) est intitulé :  Harnessing the Power of Digital Data for Science and Society.  Washington, janvier 2009. 

Pour y accéder : http://www.nitrd.gov/about/Harnessing_Power_Web.pdf


Logiciels de gestion des archives : un rapport comparatif

9 février 2009

Spiro, Lisa. Archival Management Software: A Report for the Council on Library and Information Resources. Washington, DC: Council on Library and Information Resources, 2009.

Table des matières

1. Introduction
2. The Problem of Hidden Collections
3. The Role of Software in Addressing Hidden Collections
4. Research Method8
5. How to Select Archival Management Software
6. Criteria for Choosing Archival Software
7. Types of Software
8. Possible Approaches to Federating Archival Description from Multiple Repositories
9. Conclusion
Works Cited
Appendixes 
Appendix1: The Archival Workflow
Appendix 2: Archival Management Systems Features Matrix [Brief]
Appendix 3: Archival Management Systems Features Matrices [Full]
Appendix 4: Notes from Interviews with Archivists about Archon, Archivists’ Toolkit, Cuadra STAR/Archives, Eloquent, and CollectiveAccess
Archivists’ Toolkit Summary
Reasons for Selecting Archivists’ Toolkit
Ease of Use
Installation and Maintenance
Ease of Customization
User Community
Weaknesses
Strengths
Archon Summary
Reasons for Selecting Archon
Ease of Use
Installation and Maintenance
Ease of Customization
Weaknesses
User Community
Strengths Overall Assessment
Archon’s Response to User Feedback
Cuadra STAR/Archives Summary
Reasons for Selecting Quadra
Installation and Maintenance
Ease of Customization
User Community/Support
Weaknesses
Strengths
Overall Assessment
Eloquent Archive Summary
Reasons for Selecting Eloquent
Ease of Use
Ease of Installation
Ease of Customization
User Community/Support
Weaknesses
Strengths
Eloquent’s Response to User Feedback
CollectiveAccess Summary
Reasons for Selecting CollectiveAccess
Ease of Use
Ease of Customization
Weaknesses
User Community/Support
Strengths

Trouvé via Scholarly Electronic Publishing Weblog February 4, 2009


Diplomatique et théorie des genres, complémentaires ?

25 janvier 2009

La diplomatique revient en force dans le cadre de la préservation de l’information numérique auprès des archivistes et s’étend même dans les réflexions des bibliothécaires, eux aussi de plus en plus confrontés à la nécessité de créer et maintenir des dépôts numériques, notamment pour les thèses ou les publications scientifiques dans le milieu universitaire, et doivent donc se pencher sur la question de l’authenticité, l’intégrité et la stabilité d’un document.

Selon l’Encyclopedia Universalis, la définition de la diplomatique est la suivante «[…] science qui étudie la tradition, la forme et la genèse des actes écrits en vue de faire leur critique, de juger de leur sincérité, de déterminer la qualité de leur texte, d’apprécier leur valeur exacte en les replaçant dans la filière dont ils sont issus, de dégager de la gangue des formules tous les éléments susceptibles d’être exploités par l’historien, de les dater s’ils ne le sont pas et enfin de les éditer.»

La lecture de plusieurs articles et ouvrages montre qu’il s’esquisse une série de réflexions intéressantes sur l’évolution de la notion de fixité du contenu et de la forme comme gage d’authenticité et d’intégrité d’un document, confrontant les critères répandus depuis que l’imprimé est entré dans les mœurs. Les repères actuels sont nés il y a peu de temps et ont existé finalement sur une courte période au regard de l’histoire de l’humanité. Ils ne sont peut-être plus aussi pertinents dans le monde numérique qui s’impose de plus en plus.

C’est dans ce contexte que nous allons faire un rapide état de la question autour de la diplomatique et des concepts connexes appliqués aux documents et à l’information numériques.

La diplomatique contemporaine s’appuie encore sur une définition traditionnelle du document

Il est difficile de définir un document, et il existe plusieurs définitions de ce terme selon que le point de vue soit technique, juridique ou archivistique. Cependant, on s’entend en général pour reconnaître, particulièrement dans le domaine des sciences documentaires et de l’information, que le document est une information consignée sur un support, créée dans un contexte particulier et ayant une valeur de preuve ou d’information (Mas, 2003). C’est ce que l’on comprend par définition relativement «traditionnelle» du document. Il n’est pas fait référence au fait que dans le contexte du numérique, le document est dématérialisé, c’est-à-dire, que le contenu n’est plus intrinsèquement lié au support physique qui rend possible sa conservation et sa lecture. Ce fait a un impact important sur l’utilité et le rôle de la diplomatique ainsi que dans le débat entourant son application, puisque le document est l’unité d’analyse de cette dernière discipline.

La diplomatique : un outil pour identifier les caractéristiques d’un document

Née au 17e siècle et utilisée surtout par les historiens et les médiévistes, de science autonome enseignée à l’université, la diplomatique est devenue un outil intégré par d’autres domaines disciplinaires dont l’archivistique. En ce qui nous concerne directement, l’analyse documentaire, un tournant s’est produit à la fin des années 1980, début des années 1990, quand, notamment, Luciana Duranti a permis de faire connaître la méthode en Amérique du Nord et a appliqué cette dernière aux documents contemporains et numériques. Dans une série d’articles parus dans la revue Archivaria de 1989 à 1992, elle situe les origines et définit les concepts de base de la diplomatique pour en démontrer l’application possible aux documents contemporains ; et ce, particulièrement, dans le but d’aider à établir l’authenticité et l’intégrité des documents numériques. Selon elle, un des apports principaux de la diplomatique à la discipline archivistique moderne est la rigueur scientifique et son caractère formateur. Aspects qui permettent aux archivistes d’adopter un vocabulaire précis, dénué d’ambiguïté et partagé par tous. D’un autre côté, elle apporte un cadre méthodologique qui favorise la vérification de la valeur, du contexte de création et de la véracité de l’information (Duranti, 1991-1992).

La diplomatique : un outil pour valider l’authenticité et l’intégrité d’un document

La diplomatique en tant qu’étude des documents permet d’analyser les caractéristiques internes (protocole, exposé) et externes (qualité du support physique, mise en page, etc.) du document afin de retracer si ce dernier est authentique et fiable. À savoir, le document est-il bien ce qu’il prétend être et son contenu est-il bien le message qui devait être transmis ? Ce point de vue traditionnel de la diplomatique est revu afin de voir son application s’adapter davantage aux besoins actuels. Ainsi Caroline Williams (2005) rappelle que l’objet de l’analyse diplomatique a dû être élargi en raison de l’évolution des besoins et ainsi :

  • include informal documents as well as formal;
  • encompass aggregations of documents as well as individual ones;
  • consider the organisations and systems producing documents as well as the documents themselves;
  • enable prospective as well as retrospective analysis;
  • encompass electronic as well as paper-based systems.
    (Williams 2005, 4)

Élargissement de cadre qu’elle trouve possible avec la définition de la diplomatique énoncée par Luciana Duranti: «Diplomatics is the discipline which studies the genesis, forms and transmission of archival documents, and their relationship with the facts represented in them and with their creator, in order to identify, evaluate, and communicate their true nature.» (Williams 2005, 4)

Aussi, une partie du débat tourne justement autour de la portée de la diplomatique. Doit-elle concerner uniquement les documents formels et ayant valeur de preuve, ou, comme on a tendance à le comprendre aujourd’hui, être inclusive et intégrer toute la panoplie des nouvelles formes et types de documents qui prolifèrent dans le monde numérique, «[…] permitting records of an informal, personal, non-juridical nature to be the subject of analysis ?» (Williams 2005, 6). De son côté, Heather MacNeil explique que «[t]he archival-diplomatic analysis of an electronic record is a process of abstraction and systematization that eliminates the particularities and anomalies of records in the interest of identifying their common, shared elements» (MacNeil 2004, 224).

Le champ d’application de la diplomatique a commencé à changer en Europe continentale (hors Royaume-Uni) autour des années 1960 pour toucher tous les documents se trouvant dans des archives historiques. Enfin, plus récemment, avec l’apparition des lois sur l’accès à l’information et la protection des données dans les pays occidentaux, il s’avère que «any document or record produced for business purposes must be able to stand up to scrutiny. It must be able to demonstrate such qualities as authenticity, reliability, integrity and usability, transparency and compliance if it is to support the business effectively, and it is these qualities that the science of diplomatic has always aimed to analyse» (Williams 2005, 8). Dans ce contexte, la méthode de la diplomatique permet de construire un prototype d’outil analyse universel, et ce, d’autant plus applicable aux documents numériques si l’on insère, dès la création de ces derniers, les éléments permettant d’évaluer leur authenticité, leur fiabilité et leur intégrité et de favoriser leur préservation.

Dans une autre perspective, certains auteurs s’interrogent sur l’utilité de la diplomatique pour garantir l’authenticité, mais également sur la pertinence de déterminer l’authenticité des documents numériques. Comme, par exemple, Jean-Daniel Zeller qui déclare que la diplomatique efficace quand «les objets numériques sont stables et circonscrits, elle est considérablement moins utile dans l’analyse des systèmes électroniques contenant des objets numériques qui se comportent différemment, c’est-à-dire, des systèmes dans lesquels les entités numériques sont fluides et moins faciles à circonscrire.» (Zeller 2004, 103)

Il ajoute que «[b]ien que nous ayons essayé de l’adapter aux réalités de la conservation du document contemporain, la diplomatique reste enracinée dans une conception très traditionnelle de ce qu’est un document et est donc limitée dans sa capacité d’étendre la palette de compréhension de la nature des différentes sortes de systèmes électroniques et de la variété des entités contenues dans celles-ci.» (Zeller 2004, 103)

Il s’avère que l’authenticité se déplace vers un tiers de confiance et sur la base de relations transactionnelles : «ce n’est pas tant le support qui est une garantie d’authenticité mais plutôt les systèmes de tiers de confiance qui les entourent (les notaires, les banques, les postes, et, pourquoi pas, les archivistes).» (Zeller 2004, 109)

Question que Luciana Duranti avait en quelque sorte anticipée en précisant que «where records creation is consciously controlled, diplomatics guides the recognition of patterns and facilitates identification, while, where records creation is uncontrolled, diplomatics guides the establishment of patterns, the formation of a system in which categories of records forms are devised, which is able to convey content and reveal procedure. Once a system is established, then its description in a metadata system will have to reflect it by expressly articulating the relationships among record forms, procedures, actions, persons, functions, and administrative structures» (Duranti 1991-1992, 14). Ce qui revient finalement à définir un cadre de référence fixe sur lequel se baser pour évaluer l’authenticité d’un document dont le support ne peut plus être un indice fiable de son intégrité et de sa véracité.

De la diplomatique à la typologie des documents et au genre d’information

La diplomatique n’est pas le seul terme pouvant relevant du concept d’identification des caractéristiques des documents. Au Québec, on parle plutôt de typologie des documents dont l’usage permet de définir le rôle et les caractéristiques des documents pour pouvoir en déduire la valeur informationnelle (Gagnon-Arguin, 2001).

Selon Jean-Daniel Zeller (2004), une typologie doit être :

  • - Simple : c’est-à-dire identifiable par utilisateur non spécialiste.
  • - Cohérente : offrir une couverture exhaustive du champ déterminé et assez générique, donc être extensible.
  • - Ne pas comporter trop de catégories pour une meilleure convivialité.

Ayant ces caractéristiques, c’est sans doute ce qui fait de la grille d’analyse de Louise Gagnon-Arguin (2001) un outil puissant. Cependant, on remarque que cette typologie s’intéresse particulièrement aux fonctions administratives des documents. De même, la diplomatique «constitutes a broad and deep foundation on which to identify and analyze the necessary and sufficient components of an authentic electronic record in a bureaucratic environment» (MacNeil 2004, 224)

Vers une nouvelle typologie des documents

Une autre typologie doit prendre aussi en compte les caractéristiques technologiques pour aborder une nouvelle définition du document qui tiendrait compte de la dématérialisation de ce dernier (Zeller 2004, 104). Dans l’univers analogique, les différents éléments du documents sont intrinsèquement liés au support. Ce n’est pas le cas pour le numérique d’où la nécessité de redéfinir le cadre d’analyse des documents numériques, ce qu’a tenté de faire Louise Gagnon-Arguin (2002) en se donnant pour «objectif […] de poser la question à savoir si ces archives [électroniques] constituent un bloc d’information aussi monolithique que leur appellation le laisse croire ou si elles n’offrent pas certaines caractéristiques particularisant leur contenu, fournissant des axes de différentiation et permettant ainsi une meilleure connaissance de leur valeur et de leur capacité de témoignage» (Gagnon-Arguin 2002, 21). Pour le moment, on en est encore au stade de l’exploration pour trouver les moyens d’identifier les caractéristiques particulières, si elles le sont, des nouveaux documents en émergence, particulièrement en ce qui concerne les documents dynamiques et interactifs que l’on trouve sur le Web mais également de plus en plus au sein des organisations.

L’idée de reprendre le processus par lequel le père officiel de la diplomatique, Mabillon, a procédé, c’est-à-dire retourner «to those inductive (i.e., «research then theory ») roots» (MacNeil 2004, 226), fait surface chez plusieurs auteurs. Retrouver les premiers pas des médiévistes et étudier un large spectre de documents numériques pour en découvrir les éléments communs et distinctifs est une thématique qui devient récurrente étant donné que le numérique fait renaître la culture du manuscrit (un contenu toujours en mouvement) telle qu’elle existait avant que l’imprimé ne fige le contenu écrit et ses formes, notamment pour des raisons techniques (Curral 2008, 73). Pour que l’approche tire totalement le fruit de ses recherches, il faudrait que plusieurs disciplines, comme la linguistique, la sémiotique, la sociologie, l’administration, et d’autres, collaborent (MacNeil 2004, 228).

Le genre : une autre grille d’analyse en perspective ?

En abordant la problématique du point de vue des sciences sociales, nous vient la notion de genre, notamment dans le cadre de l’étude de la communication au sein des organisations. «La définition de genre, entendue dans le sens du genre d’information produite dans les organisations, découle des travaux d’Orlikowsky et Yates de MIT qui ont publié leurs recherches sur le sujet en 1992 et sur lesquelles s’appuient les recherches ultérieures. Pour ces deux chercheurs, un « genre d’information » c’est « socially recognized types of communicative actions – such as memos, meetings, expense forms, training seminars – that are habitually enacted by members of a community to realize particular social purposes » (Yates and Orlikowski, 1992). Ce sont donc des types d’actions de communication socialement reconnus et qui sont utilisés par les membres d’une communauté dans un but social particulier.» (Gagnon-Arguin 2002, 27-28).

Poursuivant la piste autour de ce concept au sein des sciences documentaires, nous avons trouvé un article de Jack Andersen (2008, 339) qui définit la notion de genre ainsi : «Genres of nonfictionnal prose cover the relationship between forms of communication, human activity and social organization, and how activities are typified by means of genre.» Bien que le regard d’Andersen soit sous l’angle de l’utilité de la théorie du genre dans le cadre de la bibliothéconomie, il semble que cette dernière pourrait également être applicable dans le cadre de l’identification des documents d’un point de vue archivistique. Il s’agit de pouvoir caractériser les documents et les informations transmis et créés pour communiquer dans le cadre d’une activité. C’est donc une autre facette du document qui est étudiée et analysée dans ce cas. Mais elle n’est nullement incompatible avec la notion de document telle qu’entendue par les archivistes. Cette vision permet de compléter l’aspect administratif, légal et financier et les caractéristiques technologiques du document numérique en y ajoutant le caractère social des échanges. Selon, Andersen (2008, 340) «[s]tudying genres would reveal how they and human activity are important organizing factors of communication and knowledge. […] A genre view of these communicative activities would provide a means to examine systematically document production and use and the organization of document production and use.»

La théorie des genres ne s’intéresse pas aux documents de manière isolée mais selon leur contexte de communication et les moyens de transmission utilisés pour effectuer une tâche donnée. Être capable de définir le caractère du discours est aussi un outil pour déterminer l’authenticité d’un message. À la fin de sa section sur la théorie du genre et ses concepts, Andersen (2008, 354) indique que «[…] genre sets, genre and activity systems, and genre repertoires are powerful analytical tools for examining the organization of texts, works, knowledge, and human activity.» Ainsi, la théorie des genres est potentiellement un outil complémentaire à la diplomatique pour aider à faire évoluer le cadre conceptuel de l’analyse des documents pour leur évaluation et valider leur authenticité.

Dans le cadre de ce billet, nous n’avons pas approfondi ni exploré plus avant pour bien comprendre cette notion de genre d’information, ni voir, si potentiellement, cela pourrait être une piste qui aiderait les archivistes dans leur travail, à savoir identifier et caractériser des documents (et de plus en plus des informations) au regard de leur contexte de création, tout en étant capable de vérifier si leur valeur informationnelle et de preuve est non seulement pertinent, mais de source authentique.

Conclusion

Nous remarquons que la diplomatique reste une base méthodologique pertinente et qui peut être adaptée au contexte contemporain. Ses principes sont assez solides pour supporter une évolution et une adaptation dans le temps en même temps que son objet d’étude, le document, se transforme et redevient un objet fluide comme cela était le cas avant l’apparition de l’imprimé. C’est peut-être même de là que vient sa force. Cette discipline n’a nul besoin de l’existence d’un document certifié conforme (qui peut par ailleurs tout de même être factice ou un vrai faux) pour qualifier l’authenticité et l’intégrité d’un document et de l’information qu’il porte. Elle se base sur de nombreux autres critères beaucoup plus malléables et évolutifs. L’ajout d’éléments d’analyse reflétant les aspects technologiques et sociaux des échanges d’information ne remet pas en question le processus de vérification de la validité et de l’authenticité d’un document ou d’une ressource. Car c’est bien d’un processus scientifique et d’une méthode que l’on parle et non d’une technique prisonnière de son environnement.

Bibliographie

Revue de littérature

Andersen, Jack. 2008. The concept of genre in information studies. Annual review of information science and technology 42 : p. 339-367

Currall, J. and Moss, M. 2008. We are archivists, but are we OK? Records Management Journal 18-1 : p. 69-91.

Duranti, Luciana. 1991-1992. Diplomatics : new uses for an old science (part VI). Archivaria 33, (hiver 1991-1992)

Gagnon-Arguin, Louise. 2002. Les archives électroniques : une mémoire orpheline ou en mutation ? In Actes du 4e symposium du GIRA : p. 21-30. En ligne. www.gira-archives.org/documents/GIRA-2002.pdf

MacNeil, Heather. 2004. Contemporary archival diplomatics as a method of inquiry : lessons learned from tow research projects. Archival Sciences 4 : p.199-232

Williams, Caroline. 2005. Diplomatic attitudes : from Mabillon to metadata. Journal of the Society of Archivists 26, no 1 (avril) : p. 1:24

Zeller, Jean-Daniel. 2004. Documents numériques : à la recherche d’une typologie perdue… Document numérique, (août) : p. 101-106

Sources connexes

Gagnon-Arguin, Louise. 2001. Typologie des documents des organisations : de la création à la conservation. PUQ : 432 pages

Mas, Sabine. 2003. Propos généraux sur la notion du document. Archives SIC, commentaire sur le thème Document : forme, signe et relation, les re-formulations du numérique, 26 juillet 2003. En ligne <http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/perl/bbs/bbs.cgi.fr?forum=sic_00000413&task=show_msg&msg=0001&lang=fr>(d’après Savoirs CDI – le 9 novembre 2008)

Roger T. Pédauque. 2003. Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique. En ligne. http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00000511.html

2009-08-21 : Suite de la réflexion et de la revue de littérature via le billet La notion de genre(s) : un outil transférable pour l’évaluation des documents numériques sur ce même blogue.


Ce qui s’en vient sur ce blogue

12 janvier 2009

Bonne année 2009 à tous.

Après une session universitaire assez folle durant l’automne 2008, je devrais être en mesure, cet hiver, d’être un peu plus active sur ce blogue.

Les envies d’écrire n’ont pas manqué. Simplement, en milieu de session, je me suis retrouvée avec un cerveau sur saturé. Un ordinateur, un serveur, réagissent de manière tout à fait simple dans ces cas-là : 503 server too busy (ou quelque chose du genre) ou gèlent tout simplement. En ce qui me concerne, alors que je faisais des recherches sur des sujets qui m’intéressent tout particulièrement, mes yeux se sont retrouvés à confondre la ligne à lire avec la précédente et la suivante et les phrases que je souhaitais écrire, qui d’habitude me viennent avec une facilité que certains jalouseront probablement, fuyaient mes mains, à vrai dire, je ne sais même pas si mon cerveau était capable d’en faire des morceaux intelligibles.

Bref, cette période d’intense effort intellectuel s’est un peu calmée, je devrais donc être capable d’écrire un peu à nouveau. Deux thèmes, entre autres, m’ont titillée cet automne :

  • la diplomatique dans le contexte du numérique
  • la relation entre et le rôle des différents outils que sont la taxonomie, la classification archivistique (File plan) et la folksonomie

Les prochains billets seront donc une revisite de quelques travaux (il ne s’agira pas de mes travaux tels quels) et lectures que j’ai effectué durant l’automne. Lectures que je vais d’ailleurs compléter avec le recul et la disponibilité retrouvée de mon cerveau.

Me voilà donc engagée à satisfaire votre curiosité. Une façon de me donner un coup de pied dans le c… puisque je mets un point d’honneur à réaliser ce que je propose de  faire… sauf imprévu imprévisible, bien entendu.


Avis aux responsables des ressources humaines des entreprises et autres institutions

6 décembre 2008

Saviez-vous que lorsque vous cherchez un architecte de l’information, un architecte en gestion documentaire, comme dans l’exemple de l’annonce ci-dessous, un analyste ou chargé de projet en gestion de l’information dans le cadre de la mise en place d’un système d’information corporatif, vous ne cherchez pas forcément les compétences d’un informaticien, d’un analyste en administration formé au HEC ou d’un ergonome… Vous avez peut-être plutôt besoin d’un archiviste ou d’un professionnel en sciences de l’information dans le sens d’une personne qui possède les compétences pour organiser l’information elle-même, afin de faciliter son repérage, son traitement, sa gestion. En bref, pour faciliter la gestion courante de vos affaires et tirer pleinement parti de votre investissement technologique.

Pour la mise en place d’un projet de système d’information, que ce soit un système de gestion de contenu (CMS), de gestion des documents (GED ou GID), de records management (ERDMS), il est indispensable d’avoir une équipe multidisciplinaire aux compétences complémentaires que sont les informaticiens de système, des gestionnaires qui connaissent bien les objetcifs des processus d’affaire, des ergonomes pour avoir une interface conviale et facilitant l’accès mais aussi un gestionnaire de l’information issu d’une école de bibliothéconomie, d’archivistique et des sciences de l’information. Ces derniers ne se destinent pas forcément aux bibliothèques publiques, scolaires, aux centres d’archives historiques ou aux centres de documentation d’entreprise.
Nous avons aussi  un rôle à jouer auprès de vous pour vous aider à gérer efficacement vos ressources informationnelles, ressources sans lesquelles vous ne pouvez fonctionner efficacement, surtout lorsqu’elles sont mal organisées.
Donc pour un poste comme ci-dessous, pensez aussi à aller voir du côté de l’EBSI, par exemple.

Exemple d’offre d’emploi pertinente :
Architecte en gestion documentaire
Responsabilités:
• Participer à titre d’architecte d’information à la mise en œuvre d’un système de gestion électronique de documents.
• Accompagner l’équipe de projet dans la définition du cadre d’application de la gestion de l’information (Information Management Framework).

Principaux biens livrables à réaliser:
• Définition et documentation du Cadre d’application de la gestion de l’information (Framework)
• Principes de base et processus de la gestion documentaire
• Procédures, politiques de la gestion documentaire
• Plan de classification des documents de l’entreprise
• Standardisation de la taxonomie et des métadonnées
• Stratégie au niveau de la gestion du changement…