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Du rôle des archives et des archivistes [mis à jour]

Mise à jour du 2009-07-25

Lien vers une pétition web contre la disparition de la Direction des archives de France par l’Association des Archivistes de France: http://www.petitionduweb.com/Disparition_de_la_Direction_des_archives_de_France-4434.html

——- Billet original 2008-08-02 ——-

Devant la tentative des archivistes français de mobiliser un débat autour de la disparition de la Direction des Archives de France, dans le cadre de la réforme générale des politiques publiques (RGPP) lancée par le gouvernement français actuel, je ne peux manquer de réagir.

Cependant, je ne veux pas mettre l’accent sur les enjeux avec les arguments traditionnels utilisés autour du patrimoine, de l’histoire, du maintien de la démocratie.

Je souhaite davantage souligner que :

- les archives sont collées au présent : il n’y a pas un seul jour où vous ne lisez pas, visionnez pas, n’écoutez pas de l’information issue des archives même si elle n’est pas présentée telle quelle.

Les archives nourrissent la créativité des écrivains, des cinéastes, des musiciens, des journalistes, etc. Sans archives, pas de rayonnement culturel à l’international ou même local. Elles alimentent les nouvelles, les débats de société, les documentaires riches en contenu, le discours des philosophes… et des politiques, eh oui.

- les archives servent l’avenir : que devient la recherche universitaire sans archives ?

Les archives ne sont pas que la matière première pour les historiens, mais aussi pour les sociologues, les psychologues et psychiatres, les chercheurs en médecine (avec la médecine généalogique mais aussi pour retracer les épidémies), les chercheurs scientifiques et les économistes (des chiffres hors contexte ne veulent rien dire), etc. N’a-t-on pas dernièrement soulevé le manque de compétitivité des universités françaises à l’international : comment voulez-vous qu’elles se positionnent sans corpus de recherche dûment accumulé ?

- les archives aident à l’efficacité administrative, que ce soit au niveau des entreprises privées que pour les organismes publics. Combien coûte un document qui n’est pas trouvé à temps en recherches vaines ? Combien de contrats manqués pour cause de manque de documentation ? ou de non respect des échéanciers ?

- les archives ou plutôt les réflexions sur le contenu des archives permettent de jeter les bases d’une cohésion sociale et de définir une identité. Les archives ne permettent pas seulement de contrôler la bonne gouvernance mais aussi à nourrir les semences de l’identité de demain. Ce qui est crucial dans cette époque de transition où les nationalismes hérités du 19e siècle, en occident, sont déchirés et tentent de se redéfinir dans le contexte de la mondialisation, de mobilité de la main-d’oeuvre et suite à la décolonisation.

- les archivistes peuvent apporter des réponses face aux nouvelles problématiques techniques et sociétales que posent les documents numériques. Les professionnels du document étudient depuis longtemps l’évolution des inscriptions du savoir et sont donc des vecteurs pour aider à définir une certaine stabilité dans ce tourbillon d’informations et de nouvelles technologies qui changent nos manières de voir et de faire.

Nous sommes donc loin des vieux papiers poussiéreux qui n’intéressent que quelques chercheurs et individus que certains s’imaginent excentriques. Réfléchissez-y.

À propos du débat :

Position officielle de l’Association des archivistes français (AAF), ici.

Texte de la pétition, ici. (format doc, ouvre une fenêtre de téléchagement). Version web (html), ici.

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Classé dans:Archivistique, , ,

11 Responses

  1. Greta Mafpen dit :

    D’accord avec vous sur tout ça, mais au fond est-ce que ça sera remis en cause par la réforme contre laquelle nos collègues français ont lancé une fatwa ? Car la direction des archives va en somme rétrograder pour se transformer en sous-direction au sein d’une grande direction du patrimoine. Mais elle fera toujours la même chose, non ? Peut-être que pour justifier l’opération, les gens qui s’occupaient de conservation préventive pour les archives vont être fusionnés en un seul bureau avec ceux qui font la même chose pour les livres, mais ça devrait pas changer beaucoup de choses par ailleurs.

  2. karinmichel dit :

    Le rôle des archivistes n’est pas seulement patrimonial et historique mais ces derniers ont également un rôle important vis à vis du contrôle du pouvoir en place. En étsnt rétrogradées de direction à sous-directionles, les Archives nationales auront moins de possibliité de garantir et de faire une sensibilisation auprès des hauts dirigeants sur leurs obligations vis à vis de la collectivité. Conséquence : comme par hasard des documents, pas n’importe lesquels, se perdront…
    De plus, d’un point de vue de gestion, négocier directement un budget avec le pouvooir et négocier avec un intermédiaire du pouvoir a un impact important non seulement sur l’enveloppe globale allouée mais aussi si l’utilisation de cette enveloppe budgétaire. Une direction du patrimoine ayant justement une mission orientée patrimoine uniquement verra moins la pertinence des arguments concernant une gestion administrative saine et transparente des documents produits quotidienne dans le cadre du fonctionnement des organes publics, non pas par bêtise mais tout simplement parce que il y a très peu de chance que ce soit inscrit dans la mission et les objectifs spécifiques d’une telle direction. Là se trouve toute la subtilité de la démarche. C’est une façon indirecte pour le pouvoir de potentiellement diminuer le contrôle que peuvent exercer les citoyens sur les dépenses et les actions de leur gouvernement. C’est ce qui risque de fortement de changer les façons de faire.
    Que ce soit au niveau des gouvernements ou à l’intérieur des entreprises privées, les archivistes doivent faire directement affaire avec la haute direction et non avec des intermédiaires pour avoir toute l’autorité et la reconnaissance interne nécessaire de faire appliquer la politique de gestion des documents. L’enjeu est peut-être moins au niveau des archives historiques, à court terme, qu’au niveau de la gestion courante de l’administration française. Ce remaniement risque d’avoir un impact direct sur les moyens des citoyens d’exercer, je le répète, un contrôle sur l’administration en cours, d’exercer un contre-pouvoir et donc de maintenir un exercice démocratique.

  3. Eusebio Perez Natale dit :

    Mais ce qui est en cause, ce n’est pas les AN, ni d’ailleurs aucun autre service qui tient des archives, c’est l’administration du gouvernement qui fixe les règles de fonctionnement pour tous ces services. Elle fait d’ailleurs un travail splendide, par exemple sur l’archivage électronique. Mais le services d’archives qui recueillent les documents, ils vont poursuivre, avec les mêmes budgets. Ceux que je connais un peu dans les provinces sont d’ailleurs attachés à des directions culturelles avec le musées et les bibliothèques et les collègues français arrivent pourtant à vivre et à faire un travail qui n’est pas seulement patrimonial

  4. De France dit :

    Bonjour,

    petite intervention tardive et anonyme (devoir de réserve..).

    En France, dans les département (les provinces), la plupart des services patrimoniaux (musées, archives, bibliothèques, etc.) ne dépendent plus de l’état mais des collectivités territoriales. Pour les services d’archives, l’Etat fournit du personnel d’encadrement (les conservateurs, essentiellement), et subventionne les constructions de nouveaux bâtiments. La direction des Archives de France contrôle le tout, et soutient les services d’archives, en particulier pour que tout les documents d’archives qui doivent être transférés le soient.
    Il y a deux grandes possibilités de problèmes : que les services d’Etat ne veuillent pas verser à une institution qui dépend du département ; que les départements ne veuillent plus payer pour les archives qui ne sont pas les siennes (celle des services d’Etat, celles des communes, les archives privées, etc). Le fait que la direction des Archives de France soit une direction, justement, lui donne un poids qui est extrêmement utile au quotidien, lorsque ces problèmes se posent.

    Par ailleurs, au niveau national, la collecte dans les ministères ne dépend plus, depuis quelques années, des Archives nationales (le service d’archives du niveau central de l’Etat), mais de la direction des Archives de France (la direction de tutelle). Actuellement, on ne voit pas du tout, mais alors pas du tout, comment cette fonction va être récupérée par une future grande direction patrimoniale, extrêmement éloignée de ces problématiques.

    C’est donc en ce qui concerne le volet « collecte » et « archives contemporaines » que la disparition de la direction des Archives de France nous préoccupe le plus, d’autant que l’administration française, en général, semble en ce moment à nouveau frappée de la maladie du secret (voir débat sur la loi), qui n’est pas propice au versement d’archives, ni au contrôle des archives en formation. Il n’y aura pas de « grand choc », mais sur la durée, je suis très inquiète de l’émoussement de nos capacités d’intervention dans ce secteur.

    Enfin, ce qui se passe au ministère de la culture n’est pas seulement une « rétrogradation » des directions sectorielles (direction du livre, direction des archives, direction des musées, etc.), qui deviendraient des sous directions. Ce qui s’annonce semble être une fusion par fonction, au nom de la « transversalité » : un service chargé de l’enrichissement des collections (c’est à dire d’édicter des normes valables pour la collecte des archives comme pour l’acquisitions d’oeuvre d’art dans les musées), un service chargé de la description (une DTD pour tout le monde, etc), idem pour la communication au public, etc.

    Cependant, rien de tout ceci n’est sûr : tout est traité dans le plus grand secret (une communication officielle tout les trois mois, et des rumeurs entre temps).
    Le ministère semble en ce moment le lieu de luttes d’influence entre les « techniciens scientifiques » (conservateurs de musées, de bibliothèques, d’archives) – qui ont beaucoup perdu leur influence depuis longtemps- et les administratifs (en particulier nos « énarques »), pour qui la « transversalité » permet une prise de contrôle plus grande, puisqu’elle réduit la légitimité que les conservateurs tirent de la gestion des fonds et des collections. Enfin, une troisième « force » est apparu depuis quelque temps : les tenants de l’économie culturelle, que nous intéressons comme fournisseurs de contenu numérique (via la numérisation des collections patrimoniales) commercialisable d’une manière ou d’une autre, et qui ne s’embarrassent pas des questions de conservation matérielle ou d’éthique professionnelle.
    Je pense que nous y verrons plus clair sur l’étendue des dégâts lorsque les nouveaux organigramme du ministère seront publiés.

    Sur le long terme, outre le risque pour la collecte et l’accès aux documents, que j’ai déjà signalé, le principal danger me semble une « fusion intellectuelle » des différentes professions, qui nous ramènerait à l’état d’esprit des « antiquaires » du XIXème s. On reviendrait alors sur toute l’élaboration scientifique et technique qui a permis aux professions d’archivistes, de bibliothécaires et de conservateur de musée de s’autonomiser, et d’affiner le traitement de leurs enjeux propres.
    Si c’est fait de manière intelligente, les conséquences pourraient cependant être intéressantes : on apprend aussi en se comparant à autrui (égoïstement, les parcours professionnels pourraient s’en trouver plus variés aussi). Si ce rapprochement est mené idéologiquement et technocratiquement, cependant, je crains beaucoup un affaiblissement sur les points les plus spécifiques à chaque profession. Pour les archives, ce serait encore une fois les archives contemporaines – les plus difficiles à valoriser- qui souffriraient.

    Enfin, comme tout le monde, nous sommes guettés par l’invasion des bureaucrates, avec l’arrivée à la tête des services d’administratifs purs, fonctionnant sans connaissance directe des fonds, des collections et des métiers, et n’ayant de contact avec la réalité des métiers que par une batterie d’indicateurs devenus inutiles tant ils sont déconnectés de la réalité des métiers et du public. Comme dans beaucoup de pays, nous avons déjà en partie atteint cette situation. Si la nouvelle organisation du ministère accentue encore cette tendance, nous basculerons dans l’absurde (remarquez, ce sera drôle…).

    Affaire à suivre, donc.

  5. Armelle dit :

    C’est vraiment dommage que beaucoup de chefs d’entreprise ne réalisent l’importance de l’archiviste que lorsqu’il est déjà trop tard… A bon entendeur…

  6. lily dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec Armelle, c’est dommage. Merci pour cet article.

  7. félicien konan étudiant archiviste dit :

    en cote d’ivoire l’on qualifie les archives de vieux papiers ou encore de poubelle.quelle ignorance.je suis navré pour ces ignares.

  8. kouamé hermann dit :

    bien vrai que ce domaine est négligée mais elle reste toujours utile pour l’avenir de tous.

  9. koïta Aicha dit :

    les gens qualifie les archives comme des vieux papiers.
    ce par normale

  10. denise dit :

    merci pour toutes ces interventions pour moi, comme l’administration est écrite, les archives s’imposent comme témoins du passé.

  11. ZALLSON dit :

    la fonction archiviste demeure une fonction transversale de toute administration.

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