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Diplomatique et numérique : ça rime…

Durant l’été, parallèlement à mon contrat d’auxiliaire de recherche, au séminaire (Archivistique audiovisuelle et numérique) de Bruno Bachimont que j’ai suivi à l’EBSI et à mon implication au sein de l’ Association des archivistes du Québec (AAQ), j’ai concentré mes lectures autour de l’impact du numérique sur le futur de la profession d’archiviste et sur l’archivistique. Je vais tenter ici de faire une synthèse de ce qui m’a marqué.

Les réflexions autour des documents numériques ont commencé dès les années 90, notamment autour des questions de préservation, le monde de l’imprimé et du support papier étant inquiet face aux enjeux que pose la séparation du contenu de son support qu’il n’avait pas rencontré auparavant. En effet, l’object numérique, soit une information, peu importe le type et le format, exprimée sous forme numérique (c’est-à-dire par des 0 et des 1) possède des propriétés qui sont à la fois physiques (inscription de signes), logiques (reconnus et exécutés par un logiciel) et conceptuelles (interprété et compris par un être humain).(Thibodeau, 2002)

Comme à la fois les supports physiques et les propriétés logiques s’avèrent peu durables dans le temps, pour diverses raisons (support physique plus fragiles qu’on ne le pensait, évolution rapide des technologies, etc.), il devient difficile de garantir l’intégrité et l’accès à l’information sur une longue durée. La migration récurrente est une solution mais pose le problème de la définition du maintien de l’intégrité et de l’authenticité du contenu. Le repiquage d’un support à l’autre est finalement moins un problème que les changements successifs, invisibles à l’oeil, qu’opère une migration d’un logiciel à un autre pour maintenir une lecture techniquement possible.

D’où l’émergence ou plutôt la ré-émergence de questions qui s’étaient déjà posées durant l’époque transitoire entre le manuscrit et l’imprimé.

La lecture de l’ouvrage de David McKitterrick, Print, Manuscript, and the Search for order 1450-1830, a été très éclairante.

David McKitterick

David McKitterick

Monsieur McKitterick est professeur de Historical Bibliography  et bibliothécaire au Trinity College à Cambridge. Son point de vue est révisionniste par rapport à la version officielle répandue sur l’histoire de l’imprimé et est d’autant plus intéressant qu’il soulève des points et révèle des biais que justement l’archivistique tente d’éviter aux chercheurs. Il remet en question plusieurs conclusions , de manière illustrée et argumentée.

«The drive among booksellers, bibliophiles and major nineteenth-century libraries alike to separate the printed from the manuscript, in libraries for the sake of departmental efficiency, resulted directly in the destruction of evidence that demonstrated conclusively the interchangeability of manuscript and print in the minds of earlier readers.» (McKitterick 2003, 50)

Parmi celles qui nous concernent le plus de nos jours avec le numérique, il insiste sur l’illusoire stabilité du texte imprimé. L’imprimé faisant foi, véridique et porteur de preuve serait une construction issue du 18e/19e siècle. Dans son livre, «[…] we shall discover how the concept, as well as the act, of printing in not necessarily one of fixity, of textual rest or (still less) of stability, but actually implies a process liable and subject to change as a result both of its own mechanisms and of the assumptions and expectations of those who exploit its technological possibilities to greater or lesser extend.» (McKitterick 2003, 4)

Aupraravant, l’imprimé ou le manuscrit ne faisaient aucune différence vis à vis de l’utilisateur final et était tout autant l’un que l’autre susceptibles d’être transformés et par l’auteur, l’éditeur, l’imprimeur et le lecteur. L’écrit, imprimé ou non, était avant le 18e siècle, un objet vivant et accepté comme tel. Les mentalités n’ont donc changé que récemment au regard de l’histoire.

Je viens de faire un petit retour sur l’histoire de imprimé pour mettre en relief également le fait que des pratiques et des savoir-faire ancestraux, perçu comme anciens et dépassés, pourraient bien revenir à la surface moyennant un petit dépoussiérage et une ouverture d’esprit. À savoir que la diplomatique et la philologie ne sont pas réservés au passé mais sont porteurs de réponses pour le futur. Bachimont et Chabin l’ont exprimé chacun à leur manière. (Bachimont, 2007; Chabin, 2007) Mais cette observation n’est pas seulement française. Elle est aussi présente en Angleterre (Bailey, 2007) et aux États-Unis (Nichols, 2008).

À lire sur le futur des archivistes : Currall, J. and Moss, M. (2008) We are archivists, but are we OK? Référence complète dans la bibliographie, vous y trouverez une riche bibliographie.

Bref, avant de jeter bébé avec l’eau du bain. Réfléchissons. Je ne vais pas apporter ici plus de commentaire ou d’approffondissement. Mon objectif est simplement de lever un drapeau et de dire, il y a quelque chose qui se passe par là…

Bibliographie 

Bachimont, B. (2007). Ingénierie des connaissances et des contenus : le numérique entre ontologies et documents. Paris, Hermès.

Bailey, Steve. (2007). Taking the Road Less Travelled By: The Future of the Archive and Records Management Profession in the Digital Age. Journal of the Society of Archivists, Volume 28, Issue 2 October 2007 , pages 117 – 124.

Chabin, Marie-Anne. (2007). Archiver, et après ?  Paris : Djakarta, DL

Currall, J. and Moss, M. (2008). We are archivists, but are we OK? Records Management Journal 18(1):pp. 69-91.

McKitterick, David. (2003). Print, Manuscript and the Search for Order, 1450-1830. Cambridge: Cambridge University Press.

Stephen G. Nichols. (2008). Born Medieva: MSS. in the Digital Scriptorium. Journal of Electronic Publishing, Ann Arbor, MI: Scholarly Publishing Office, University of Michigan, University Library
vol. 11, no. 1, Winter 2008

Thibodeau, K. (2002). Overview of Technological Approaches to Digital Preservation and Challenges in Coming Years. The State of Digital Preservation: An International Perspective. Washington D.C., Council on Library and Information Resources

Classé dans:Archivistique, Ère du numérique, Documents numériques,

3 Responses

  1. JM Salaun dit :

    Bonjour Karin

    Joli et intéressant billet.
    Je vous suggère aussi la lecture de :
    Ross Seamus, Digital Preservation, Archival Science and Methodological Foundations for Digital Libraries, ECDL 2007.
    http://www.ecdl2007.org/Keynote_ECDL2007_SROSS.pdf

    Incidemment, Ross Seamus est le futur doyen de la faculté d’information de Toronto.

  2. Goulven dit :

    Bonjour,

    Je découvre votre blog et les questions qu’il pose avec beaucoup d’intérêt. Il serait aussi intéressant de se pencher sur les avantages qu’offre le monde numérique, non pas pour la conservation des archives (nœud de problèmes) mais pour la diffusion et la valorisation des archives et la place grandissante qu’elles occupent de ce fait dans ce monde.

    Cette citation de Jacques Derrida, qui date de plus de 10 ans maintenan, me semble à ce sujet très pertinente :
    « Le courrier électronique est aujourd’hui, plus encore que le fax, en passe de transformer tout l’espace public et privé de l’humanité » […] « Ce n’est pas seulement une technique, au sens courant et limité du terme : à un rythme inédit, de façon quasi instantanée, cette possibilité instrumentale de production, d’impression, de conservation et de destruction de l’archive ne peut pas ne pas s’accompagner de transformations juridiques et donc politiques ».

    Mal d’archive, 1995

  3. romeo weick dit :

    bonjour ,je suis documentaliste et je voudrais connaitre ;comment s’effectue la diplomatique dans le domaine des archives et peuT etre dans le domaine de la documentation.

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