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Se retrouver dans le dédale du savoir et de l'information – Pour une gestion structurée de l'information

Données, transactions, documents… Cycle de vie de l’information

En échos à la réflexion que Jean-Daniel Zeller a commencé ici, je me propose de partager mes propres réflexions et observations par rapport à mon expérience. Il s’agit en effet de concepts avec lesquels nous devons jongler tous les jours dans le contexte du numérique.

Quand j’ai lu la 1ere fois l’article de M. Zeller, je ne pensais pas avoir quoi que ce soit à apporter comme commentaire aux postulats énoncés. J’y ai même trouvé d’éventuelles confirmations dans l’ouvrage suivant : Enterprise Ontology : Theory and Methodology de Jan Dietz. 

En effet, les systèmes d’information des entreprises doivent coller aux processus de création (invention, design, etc.), production et distribution de produits ou services. Le travail des informaticiens est de commencer par modéliser des processus. Les processus les plus « faciles » à modéliser, parce qu’ils sont découpables en actions simples et automatisables, sont les transactions. Un système est donc calibré pour gérer certaines transactions. Quand il s’agit d’échange de données discrètes, l’opération reste simple. La nécessité d’une intervention humaine reste limitée. Le système peut « interpréter » en fonction des possibilités prédéterminées identifiées lors de l’analyse des processus. L’informatique maîtrise ce type d’échange qui reste au niveau applicatif.

Par contre, cela devient beaucoup plus complexe au niveau du document (- rappelons que nous sommes le monde dématérialisé du numérique – un ou plusieurs fichiers, de format différents et/ou des informations composites de sources différentes). L’application ne sait plus alors qu’est-ce qui est quoi à moins qu’on l’explicite via des métadonnées, par exemple. L’être humain devient alors la véritable interface d’interprétation et de rétroaction (autre que de prendre connaissance). C’est là que l’interaction humain-machine prend son importance.

Mon point de vue s’est nuancé – ou plutôt complexifié – quand j’ai reçu le mandat d’aider l’équipe à retrouver, mieux partager et gérer ses documents de travail, à savoir tous ces fichiers qui sont le support de nos réflexions, de nos interactions, prises de position, modèles d’informations mais qui ne sont pas encore ou ne serons jamais des produits finis ou destinés à être utilisés tels quels. Ce rôle m’a permis de (re)prendre conscience de quelque chose qui ne semble pas pris en compte dans l’article de Jean-Daniel Zeller : dans le monde moderne, un document/fichier n’est pas nécessairement le résultat d’une transaction ou une trace officielle de quelque décision. Il contient de l’information pour mémoire, des notes pour plus tard, l’embryon de nouvelles idées, d’idées reformulées, etc. Cela ne veut pas dire que les postulats énoncés sont erronés, il s’agirait en fait  d’expliciter le cadre de validité qui semble implicite: quand les documents sont des preuves/traces de transaction, l’arrêt sur image de données, de sources différentes ou identiques,  mises ensemble  à un temps t, et contextualisées pour un événement X. Le « records » management s’intéresse à ce qui a valeur administrative, financière ou légale, mais le monde numérique a cette particularité que les brouillons ne sont plus des feuilles volantes que l’on jette au bac à recyclage, mais bien du matériel qu’on recycle intellectuellement et techniquement parlant, et qui nous évite de recommencer un modèle, un texte, une présentation de zéro. D’où une meilleure productivité. Par contre, plus personne ne veut jeter ces fichiers qui prolifèrent, si faciles à manipuler, mais si difficiles à retrouver, puisqu’on n’a pas pris la peine de mettre un titre, de les classer ou les trier… et que leur quantité croît à une vitesse phénoménale.

Donc, le document est plus que la trace de données ou de transactions, et le document n’a pas seulement valeur de preuve ou n’est pas nécessairement une publication mais est une sorte support pour connaissance explicitée que l’on veut garder pour soi ou pour partager, maintenant ou plus tard, pour ne pas recommencer de zéro, pour pouvoir le réutiliser.

Le records et le document management sont des outils qui peuvent aider à gérer les documents qui sont identifiés et identifiables avec  une valeur explicitée, ces derniers restent donc associés à une typologie assez traditionnelle et identique à ce qui existe dans le monde analogique. Par contre, les « work in progress » (wip) ne sont que très rarement gérés et encore moins catégorisables selon une typologie. Or il s’agit de la partie invisible de l’iceberg informationnel parce que les usagers s’attendent à ce que ces fichiers/documents soient trouvables – donc indexés – mais il ne sont que rarement correctement repérables parce que :

  • non définis et encore moins décrits : quel type de document ? quel type d’information ? combien de temps est-ce valide, est-ce seulement valide ?
  • et surtout non structurés, et
  • incroyablement nombreux et dupliqués ou avec très, très peu d’éléments de différenciation.

Donc, de nos jours, un document ne peut plus se définir seulement en tant que trace dans le sens de preuve, ni même en tant que publication. Et un fichier  informatique qui porte de l’information, n’est sans doute techniquement pas un document, mais reste néammoins un dépôt d’information structurée ou non qui peut avoir une valeur informationnelle en soi et avoir une utilité qui dépasse les raisons originales de sa création, à tout le moins au regard des utilisateurs.

On aura remarqué que j’ai beaucoup utilisé les termes document/fichier. C’est un fait que dans la vie de tous les jours, le langage courant confond fichier et document.  Ce n’est que lorsque l’on a besoin de définir qu’est-ce qui est quoi pour fin de modélisation ou de conceptualisation que l’on y réfléchit, et encore… Bref, il y a encore du pain sur la planche pour arriver à « apprivoiser » tous ces fichiers dont la durée de vie n’est pas statuée ou difficile à établir quand on n’est pas capable de qualifier vraiment de quel type d’information il s’agit. Mais le plus gros du travail reste l’éducation et la sensibilisation : réussir à faire comprendre qu’on a davantage un problème de sur disponibilité de l’information, ce qui nous freine dans la prise de décision, qu’un problème de non disponiblité de l’information.

Classé dans:Cycle de vie, Documents (accès, organisation, structuration), Documents numériques, Gestion de l'information

One Response

  1. regarddejanus dit :

    Bien sur, c’est à dessein que je n’ai pas inclus dans mon premier tableau les documents/fichiers informels que vous évoquez.

    Comme vous le dites, les informaticiens maîtrisent pas trop mal les données (quoique..), commencent à maîtriser les documents, mais maîtrisent mal les transaction (un mail par exemple). J’ai sélectionné dans mon tableau ce qu’on peut appeler des « records » au sens strict, mais ceux que vous évoquez sont des non-records. Je ne dit pas qu’ils faut les ignorer mais il me semble qu’en rendant sensible à tous les diverses qualités des records, on peut amener les usagers a questionner leurs pratiques informationelles.

    J’en donne ici un simple exemple mais ils nous faudrait les multiplier: pourquoi s’obstiner à envoyer des versions multiples de documents aux X membres d’un groupe de travail via des pièces jointes de courriel alors qu’il est tellement plus simple (et moins dispendieux en terme d’espace mémoire) d’expédier un lien sur la page d’un wiki.

    Il nous manque actuellement des applications conviviales qui nous permettent de « ranger » cette information non structurée dans des outils de structuration plus souple (un super EndNotes par ex.).

    A force de baliser ce terrain avec nos petits piquets nous finirons bien par avoir une carte exploitable…

    Amicalement.

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