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Se retrouver dans le dédale du savoir et de l'information – Pour une gestion structurée de l'information

Données, transactions, documents… Cycle de vie de l’information

En échos à la réflexion que Jean-Daniel Zeller a commencé ici, je me propose de partager mes propres réflexions et observations par rapport à mon expérience. Il s’agit en effet de concepts avec lesquels nous devons jongler tous les jours dans le contexte du numérique.

Quand j’ai lu la 1ere fois l’article de M. Zeller, je ne pensais pas avoir quoi que ce soit à apporter comme commentaire aux postulats énoncés. J’y ai même trouvé d’éventuelles confirmations dans l’ouvrage suivant : Enterprise Ontology : Theory and Methodology de Jan Dietz. 

En effet, les systèmes d’information des entreprises doivent coller aux processus de création (invention, design, etc.), production et distribution de produits ou services. Le travail des informaticiens est de commencer par modéliser des processus. Les processus les plus « faciles » à modéliser, parce qu’ils sont découpables en actions simples et automatisables, sont les transactions. Un système est donc calibré pour gérer certaines transactions. Quand il s’agit d’échange de données discrètes, l’opération reste simple. La nécessité d’une intervention humaine reste limitée. Le système peut « interpréter » en fonction des possibilités prédéterminées identifiées lors de l’analyse des processus. L’informatique maîtrise ce type d’échange qui reste au niveau applicatif.

Par contre, cela devient beaucoup plus complexe au niveau du document (- rappelons que nous sommes le monde dématérialisé du numérique – un ou plusieurs fichiers, de format différents et/ou des informations composites de sources différentes). L’application ne sait plus alors qu’est-ce qui est quoi à moins qu’on l’explicite via des métadonnées, par exemple. L’être humain devient alors la véritable interface d’interprétation et de rétroaction (autre que de prendre connaissance). C’est là que l’interaction humain-machine prend son importance.

Mon point de vue s’est nuancé – ou plutôt complexifié – quand j’ai reçu le mandat d’aider l’équipe à retrouver, mieux partager et gérer ses documents de travail, à savoir tous ces fichiers qui sont le support de nos réflexions, de nos interactions, prises de position, modèles d’informations mais qui ne sont pas encore ou ne serons jamais des produits finis ou destinés à être utilisés tels quels. Ce rôle m’a permis de (re)prendre conscience de quelque chose qui ne semble pas pris en compte dans l’article de Jean-Daniel Zeller : dans le monde moderne, un document/fichier n’est pas nécessairement le résultat d’une transaction ou une trace officielle de quelque décision. Il contient de l’information pour mémoire, des notes pour plus tard, l’embryon de nouvelles idées, d’idées reformulées, etc. Cela ne veut pas dire que les postulats énoncés sont erronés, il s’agirait en fait  d’expliciter le cadre de validité qui semble implicite: quand les documents sont des preuves/traces de transaction, l’arrêt sur image de données, de sources différentes ou identiques,  mises ensemble  à un temps t, et contextualisées pour un événement X. Le « records » management s’intéresse à ce qui a valeur administrative, financière ou légale, mais le monde numérique a cette particularité que les brouillons ne sont plus des feuilles volantes que l’on jette au bac à recyclage, mais bien du matériel qu’on recycle intellectuellement et techniquement parlant, et qui nous évite de recommencer un modèle, un texte, une présentation de zéro. D’où une meilleure productivité. Par contre, plus personne ne veut jeter ces fichiers qui prolifèrent, si faciles à manipuler, mais si difficiles à retrouver, puisqu’on n’a pas pris la peine de mettre un titre, de les classer ou les trier… et que leur quantité croît à une vitesse phénoménale.

Donc, le document est plus que la trace de données ou de transactions, et le document n’a pas seulement valeur de preuve ou n’est pas nécessairement une publication mais est une sorte support pour connaissance explicitée que l’on veut garder pour soi ou pour partager, maintenant ou plus tard, pour ne pas recommencer de zéro, pour pouvoir le réutiliser.

Le records et le document management sont des outils qui peuvent aider à gérer les documents qui sont identifiés et identifiables avec  une valeur explicitée, ces derniers restent donc associés à une typologie assez traditionnelle et identique à ce qui existe dans le monde analogique. Par contre, les « work in progress » (wip) ne sont que très rarement gérés et encore moins catégorisables selon une typologie. Or il s’agit de la partie invisible de l’iceberg informationnel parce que les usagers s’attendent à ce que ces fichiers/documents soient trouvables – donc indexés – mais il ne sont que rarement correctement repérables parce que :

  • non définis et encore moins décrits : quel type de document ? quel type d’information ? combien de temps est-ce valide, est-ce seulement valide ?
  • et surtout non structurés, et
  • incroyablement nombreux et dupliqués ou avec très, très peu d’éléments de différenciation.

Donc, de nos jours, un document ne peut plus se définir seulement en tant que trace dans le sens de preuve, ni même en tant que publication. Et un fichier  informatique qui porte de l’information, n’est sans doute techniquement pas un document, mais reste néammoins un dépôt d’information structurée ou non qui peut avoir une valeur informationnelle en soi et avoir une utilité qui dépasse les raisons originales de sa création, à tout le moins au regard des utilisateurs.

On aura remarqué que j’ai beaucoup utilisé les termes document/fichier. C’est un fait que dans la vie de tous les jours, le langage courant confond fichier et document.  Ce n’est que lorsque l’on a besoin de définir qu’est-ce qui est quoi pour fin de modélisation ou de conceptualisation que l’on y réfléchit, et encore… Bref, il y a encore du pain sur la planche pour arriver à « apprivoiser » tous ces fichiers dont la durée de vie n’est pas statuée ou difficile à établir quand on n’est pas capable de qualifier vraiment de quel type d’information il s’agit. Mais le plus gros du travail reste l’éducation et la sensibilisation : réussir à faire comprendre qu’on a davantage un problème de sur disponibilité de l’information, ce qui nous freine dans la prise de décision, qu’un problème de non disponiblité de l’information.

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Test et validation d’une taxonomie : ressources pour le Card Sorting

Articles et présentations

Analyse des résultats

  • «When performing analysis on larger numbers of cards, we suggest using a spreadsheet. Enter the results into a spreadsheet, making sure to capture the title and number on each card. »(Maurer (Spencer), D. & Warfel, T. 2004)
  • «Another technique for analyzing data can be found in “Analyzing Card Sort Results with a Spreadsheet Template”; by Joe Lamantia.» (Maurer (Spencer), D. & Warfel, T. 2004)

Outils

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La notion de genre(s) : un outil transférable pour l’évaluation des documents numériques.

J’ai fini par réaliser la suite de mon billet précédent Diplomatique et théorie des genres, complémentaires ?. Je me suis arrangée pour le faire dans le cadre d’un cours que j’ai suivi cet hiver (hiver 2009) à l’EBSI dans le cadre du cours blt6112- Évaluation des archives donné par Yvon Lemay.

Le résumé est le suivant :

Dans le contexte du numérique, un document ne se trouve plus être un objet fixe et stable. Les informations échangées via les technologies de l’information, avec l’usage de plus en plus répandu des outils collaboratifs et des réseaux sociaux, tendent à rapprocher les ressources produites, bien qu’inscrites sur un support, davantage de la tradition orale (non fixité apparente de la forme et du contenu), que de l’imprimé, qui a historiquement fixé les formes et le contenu en raison de l’héritage technique de la procédure d’impression. Après avoir rapidement parlé du concept de document, nous avons rapidement passé en revue quelques lectures sur le concept de genre. Nous avons ainsi constaté que les genres prenaient en compte le contenu mais aussi la structure rhétorique alliant forme et contenu selon une approche rappelant les bases de la diplomatique.

Référence bibliographique : Michel, Karin. 2009. La notion de genre(s) : un outil transférable pour l’évaluation des documents numériques. Travail réalisé dans le cadre du cours BLT6112 L’évaluation des archives. Montréal : Université de Montréal, École de bibliothéconomie et des sciences de l’information.

Vous trouverez le document complet sur le dépôt institutionnel de l’Université de Montréal, Papyrus, à l’adresse suivante : http://hdl.handle.net/1866/2938.

Et un des mes prochains thèmes  sera la taxonomie, d’autant plus qu’il s’agit de mon travail actuel : taxonomiste d’entreprise chez SNC-Lavalin.

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Ces super héros… les archivistes

Digital Preservation and Nuclear Disaster: An Animation

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Diplomatique et théorie des genres, complémentaires ?

La diplomatique revient en force dans le cadre de la préservation de l’information numérique auprès des archivistes et s’étend même dans les réflexions des bibliothécaires, eux aussi de plus en plus confrontés à la nécessité de créer et maintenir des dépôts numériques, notamment pour les thèses ou les publications scientifiques dans le milieu universitaire, et doivent donc se pencher sur la question de l’authenticité, l’intégrité et la stabilité d’un document.

Selon l’Encyclopedia Universalis, la définition de la diplomatique est la suivante «[…] science qui étudie la tradition, la forme et la genèse des actes écrits en vue de faire leur critique, de juger de leur sincérité, de déterminer la qualité de leur texte, d’apprécier leur valeur exacte en les replaçant dans la filière dont ils sont issus, de dégager de la gangue des formules tous les éléments susceptibles d’être exploités par l’historien, de les dater s’ils ne le sont pas et enfin de les éditer.»

La lecture de plusieurs articles et ouvrages montre qu’il s’esquisse une série de réflexions intéressantes sur l’évolution de la notion de fixité du contenu et de la forme comme gage d’authenticité et d’intégrité d’un document, confrontant les critères répandus depuis que l’imprimé est entré dans les mœurs. Les repères actuels sont nés il y a peu de temps et ont existé finalement sur une courte période au regard de l’histoire de l’humanité. Ils ne sont peut-être plus aussi pertinents dans le monde numérique qui s’impose de plus en plus.

C’est dans ce contexte que nous allons faire un rapide état de la question autour de la diplomatique et des concepts connexes appliqués aux documents et à l’information numériques.

La diplomatique contemporaine s’appuie encore sur une définition traditionnelle du document

Il est difficile de définir un document, et il existe plusieurs définitions de ce terme selon que le point de vue soit technique, juridique ou archivistique. Cependant, on s’entend en général pour reconnaître, particulièrement dans le domaine des sciences documentaires et de l’information, que le document est une information consignée sur un support, créée dans un contexte particulier et ayant une valeur de preuve ou d’information (Mas, 2003). C’est ce que l’on comprend par définition relativement «traditionnelle» du document. Il n’est pas fait référence au fait que dans le contexte du numérique, le document est dématérialisé, c’est-à-dire, que le contenu n’est plus intrinsèquement lié au support physique qui rend possible sa conservation et sa lecture. Ce fait a un impact important sur l’utilité et le rôle de la diplomatique ainsi que dans le débat entourant son application, puisque le document est l’unité d’analyse de cette dernière discipline.

La diplomatique : un outil pour identifier les caractéristiques d’un document

Née au 17e siècle et utilisée surtout par les historiens et les médiévistes, de science autonome enseignée à l’université, la diplomatique est devenue un outil intégré par d’autres domaines disciplinaires dont l’archivistique. En ce qui nous concerne directement, l’analyse documentaire, un tournant s’est produit à la fin des années 1980, début des années 1990, quand, notamment, Luciana Duranti a permis de faire connaître la méthode en Amérique du Nord et a appliqué cette dernière aux documents contemporains et numériques. Dans une série d’articles parus dans la revue Archivaria de 1989 à 1992, elle situe les origines et définit les concepts de base de la diplomatique pour en démontrer l’application possible aux documents contemporains ; et ce, particulièrement, dans le but d’aider à établir l’authenticité et l’intégrité des documents numériques. Selon elle, un des apports principaux de la diplomatique à la discipline archivistique moderne est la rigueur scientifique et son caractère formateur. Aspects qui permettent aux archivistes d’adopter un vocabulaire précis, dénué d’ambiguïté et partagé par tous. D’un autre côté, elle apporte un cadre méthodologique qui favorise la vérification de la valeur, du contexte de création et de la véracité de l’information (Duranti, 1991-1992).

La diplomatique : un outil pour valider l’authenticité et l’intégrité d’un document

La diplomatique en tant qu’étude des documents permet d’analyser les caractéristiques internes (protocole, exposé) et externes (qualité du support physique, mise en page, etc.) du document afin de retracer si ce dernier est authentique et fiable. À savoir, le document est-il bien ce qu’il prétend être et son contenu est-il bien le message qui devait être transmis ? Ce point de vue traditionnel de la diplomatique est revu afin de voir son application s’adapter davantage aux besoins actuels. Ainsi Caroline Williams (2005) rappelle que l’objet de l’analyse diplomatique a dû être élargi en raison de l’évolution des besoins et ainsi :

  • include informal documents as well as formal;
  • encompass aggregations of documents as well as individual ones;
  • consider the organisations and systems producing documents as well as the documents themselves;
  • enable prospective as well as retrospective analysis;
  • encompass electronic as well as paper-based systems.
    (Williams 2005, 4)

Élargissement de cadre qu’elle trouve possible avec la définition de la diplomatique énoncée par Luciana Duranti: «Diplomatics is the discipline which studies the genesis, forms and transmission of archival documents, and their relationship with the facts represented in them and with their creator, in order to identify, evaluate, and communicate their true nature.» (Williams 2005, 4)

Aussi, une partie du débat tourne justement autour de la portée de la diplomatique. Doit-elle concerner uniquement les documents formels et ayant valeur de preuve, ou, comme on a tendance à le comprendre aujourd’hui, être inclusive et intégrer toute la panoplie des nouvelles formes et types de documents qui prolifèrent dans le monde numérique, «[…] permitting records of an informal, personal, non-juridical nature to be the subject of analysis ?» (Williams 2005, 6). De son côté, Heather MacNeil explique que «[t]he archival-diplomatic analysis of an electronic record is a process of abstraction and systematization that eliminates the particularities and anomalies of records in the interest of identifying their common, shared elements» (MacNeil 2004, 224).

Le champ d’application de la diplomatique a commencé à changer en Europe continentale (hors Royaume-Uni) autour des années 1960 pour toucher tous les documents se trouvant dans des archives historiques. Enfin, plus récemment, avec l’apparition des lois sur l’accès à l’information et la protection des données dans les pays occidentaux, il s’avère que «any document or record produced for business purposes must be able to stand up to scrutiny. It must be able to demonstrate such qualities as authenticity, reliability, integrity and usability, transparency and compliance if it is to support the business effectively, and it is these qualities that the science of diplomatic has always aimed to analyse» (Williams 2005, 8). Dans ce contexte, la méthode de la diplomatique permet de construire un prototype d’outil analyse universel, et ce, d’autant plus applicable aux documents numériques si l’on insère, dès la création de ces derniers, les éléments permettant d’évaluer leur authenticité, leur fiabilité et leur intégrité et de favoriser leur préservation.

Dans une autre perspective, certains auteurs s’interrogent sur l’utilité de la diplomatique pour garantir l’authenticité, mais également sur la pertinence de déterminer l’authenticité des documents numériques. Comme, par exemple, Jean-Daniel Zeller qui déclare que la diplomatique efficace quand «les objets numériques sont stables et circonscrits, elle est considérablement moins utile dans l’analyse des systèmes électroniques contenant des objets numériques qui se comportent différemment, c’est-à-dire, des systèmes dans lesquels les entités numériques sont fluides et moins faciles à circonscrire.» (Zeller 2004, 103)

Il ajoute que «[b]ien que nous ayons essayé de l’adapter aux réalités de la conservation du document contemporain, la diplomatique reste enracinée dans une conception très traditionnelle de ce qu’est un document et est donc limitée dans sa capacité d’étendre la palette de compréhension de la nature des différentes sortes de systèmes électroniques et de la variété des entités contenues dans celles-ci.» (Zeller 2004, 103)

Il s’avère que l’authenticité se déplace vers un tiers de confiance et sur la base de relations transactionnelles : «ce n’est pas tant le support qui est une garantie d’authenticité mais plutôt les systèmes de tiers de confiance qui les entourent (les notaires, les banques, les postes, et, pourquoi pas, les archivistes).» (Zeller 2004, 109)

Question que Luciana Duranti avait en quelque sorte anticipée en précisant que «where records creation is consciously controlled, diplomatics guides the recognition of patterns and facilitates identification, while, where records creation is uncontrolled, diplomatics guides the establishment of patterns, the formation of a system in which categories of records forms are devised, which is able to convey content and reveal procedure. Once a system is established, then its description in a metadata system will have to reflect it by expressly articulating the relationships among record forms, procedures, actions, persons, functions, and administrative structures» (Duranti 1991-1992, 14). Ce qui revient finalement à définir un cadre de référence fixe sur lequel se baser pour évaluer l’authenticité d’un document dont le support ne peut plus être un indice fiable de son intégrité et de sa véracité.

De la diplomatique à la typologie des documents et au genre d’information

La diplomatique n’est pas le seul terme pouvant relevant du concept d’identification des caractéristiques des documents. Au Québec, on parle plutôt de typologie des documents dont l’usage permet de définir le rôle et les caractéristiques des documents pour pouvoir en déduire la valeur informationnelle (Gagnon-Arguin, 2001).

Selon Jean-Daniel Zeller (2004), une typologie doit être :

  • – Simple : c’est-à-dire identifiable par utilisateur non spécialiste.
  • – Cohérente : offrir une couverture exhaustive du champ déterminé et assez générique, donc être extensible.
  • – Ne pas comporter trop de catégories pour une meilleure convivialité.

Ayant ces caractéristiques, c’est sans doute ce qui fait de la grille d’analyse de Louise Gagnon-Arguin (2001) un outil puissant. Cependant, on remarque que cette typologie s’intéresse particulièrement aux fonctions administratives des documents. De même, la diplomatique «constitutes a broad and deep foundation on which to identify and analyze the necessary and sufficient components of an authentic electronic record in a bureaucratic environment» (MacNeil 2004, 224)

Vers une nouvelle typologie des documents

Une autre typologie doit prendre aussi en compte les caractéristiques technologiques pour aborder une nouvelle définition du document qui tiendrait compte de la dématérialisation de ce dernier (Zeller 2004, 104). Dans l’univers analogique, les différents éléments du documents sont intrinsèquement liés au support. Ce n’est pas le cas pour le numérique d’où la nécessité de redéfinir le cadre d’analyse des documents numériques, ce qu’a tenté de faire Louise Gagnon-Arguin (2002) en se donnant pour «objectif […] de poser la question à savoir si ces archives [électroniques] constituent un bloc d’information aussi monolithique que leur appellation le laisse croire ou si elles n’offrent pas certaines caractéristiques particularisant leur contenu, fournissant des axes de différentiation et permettant ainsi une meilleure connaissance de leur valeur et de leur capacité de témoignage» (Gagnon-Arguin 2002, 21). Pour le moment, on en est encore au stade de l’exploration pour trouver les moyens d’identifier les caractéristiques particulières, si elles le sont, des nouveaux documents en émergence, particulièrement en ce qui concerne les documents dynamiques et interactifs que l’on trouve sur le Web mais également de plus en plus au sein des organisations.

L’idée de reprendre le processus par lequel le père officiel de la diplomatique, Mabillon, a procédé, c’est-à-dire retourner «to those inductive (i.e., «research then theory ») roots» (MacNeil 2004, 226), fait surface chez plusieurs auteurs. Retrouver les premiers pas des médiévistes et étudier un large spectre de documents numériques pour en découvrir les éléments communs et distinctifs est une thématique qui devient récurrente étant donné que le numérique fait renaître la culture du manuscrit (un contenu toujours en mouvement) telle qu’elle existait avant que l’imprimé ne fige le contenu écrit et ses formes, notamment pour des raisons techniques (Curral 2008, 73). Pour que l’approche tire totalement le fruit de ses recherches, il faudrait que plusieurs disciplines, comme la linguistique, la sémiotique, la sociologie, l’administration, et d’autres, collaborent (MacNeil 2004, 228).

Le genre : une autre grille d’analyse en perspective ?

En abordant la problématique du point de vue des sciences sociales, nous vient la notion de genre, notamment dans le cadre de l’étude de la communication au sein des organisations. «La définition de genre, entendue dans le sens du genre d’information produite dans les organisations, découle des travaux d’Orlikowsky et Yates de MIT qui ont publié leurs recherches sur le sujet en 1992 et sur lesquelles s’appuient les recherches ultérieures. Pour ces deux chercheurs, un « genre d’information » c’est « socially recognized types of communicative actions – such as memos, meetings, expense forms, training seminars – that are habitually enacted by members of a community to realize particular social purposes » (Yates and Orlikowski, 1992). Ce sont donc des types d’actions de communication socialement reconnus et qui sont utilisés par les membres d’une communauté dans un but social particulier.» (Gagnon-Arguin 2002, 27-28).

Poursuivant la piste autour de ce concept au sein des sciences documentaires, nous avons trouvé un article de Jack Andersen (2008, 339) qui définit la notion de genre ainsi : «Genres of nonfictionnal prose cover the relationship between forms of communication, human activity and social organization, and how activities are typified by means of genre.» Bien que le regard d’Andersen soit sous l’angle de l’utilité de la théorie du genre dans le cadre de la bibliothéconomie, il semble que cette dernière pourrait également être applicable dans le cadre de l’identification des documents d’un point de vue archivistique. Il s’agit de pouvoir caractériser les documents et les informations transmis et créés pour communiquer dans le cadre d’une activité. C’est donc une autre facette du document qui est étudiée et analysée dans ce cas. Mais elle n’est nullement incompatible avec la notion de document telle qu’entendue par les archivistes. Cette vision permet de compléter l’aspect administratif, légal et financier et les caractéristiques technologiques du document numérique en y ajoutant le caractère social des échanges. Selon, Andersen (2008, 340) «[s]tudying genres would reveal how they and human activity are important organizing factors of communication and knowledge. […] A genre view of these communicative activities would provide a means to examine systematically document production and use and the organization of document production and use.»

La théorie des genres ne s’intéresse pas aux documents de manière isolée mais selon leur contexte de communication et les moyens de transmission utilisés pour effectuer une tâche donnée. Être capable de définir le caractère du discours est aussi un outil pour déterminer l’authenticité d’un message. À la fin de sa section sur la théorie du genre et ses concepts, Andersen (2008, 354) indique que «[…] genre sets, genre and activity systems, and genre repertoires are powerful analytical tools for examining the organization of texts, works, knowledge, and human activity.» Ainsi, la théorie des genres est potentiellement un outil complémentaire à la diplomatique pour aider à faire évoluer le cadre conceptuel de l’analyse des documents pour leur évaluation et valider leur authenticité.

Dans le cadre de ce billet, nous n’avons pas approfondi ni exploré plus avant pour bien comprendre cette notion de genre d’information, ni voir, si potentiellement, cela pourrait être une piste qui aiderait les archivistes dans leur travail, à savoir identifier et caractériser des documents (et de plus en plus des informations) au regard de leur contexte de création, tout en étant capable de vérifier si leur valeur informationnelle et de preuve est non seulement pertinent, mais de source authentique.

Conclusion

Nous remarquons que la diplomatique reste une base méthodologique pertinente et qui peut être adaptée au contexte contemporain. Ses principes sont assez solides pour supporter une évolution et une adaptation dans le temps en même temps que son objet d’étude, le document, se transforme et redevient un objet fluide comme cela était le cas avant l’apparition de l’imprimé. C’est peut-être même de là que vient sa force. Cette discipline n’a nul besoin de l’existence d’un document certifié conforme (qui peut par ailleurs tout de même être factice ou un vrai faux) pour qualifier l’authenticité et l’intégrité d’un document et de l’information qu’il porte. Elle se base sur de nombreux autres critères beaucoup plus malléables et évolutifs. L’ajout d’éléments d’analyse reflétant les aspects technologiques et sociaux des échanges d’information ne remet pas en question le processus de vérification de la validité et de l’authenticité d’un document ou d’une ressource. Car c’est bien d’un processus scientifique et d’une méthode que l’on parle et non d’une technique prisonnière de son environnement.

Bibliographie

Revue de littérature

Andersen, Jack. 2008. The concept of genre in information studies. Annual review of information science and technology 42 : p. 339-367

Currall, J. and Moss, M. 2008. We are archivists, but are we OK? Records Management Journal 18-1 : p. 69-91.

Duranti, Luciana. 1991-1992. Diplomatics : new uses for an old science (part VI). Archivaria 33, (hiver 1991-1992)

Gagnon-Arguin, Louise. 2002. Les archives électroniques : une mémoire orpheline ou en mutation ? In Actes du 4e symposium du GIRA : p. 21-30. En ligne. www.gira-archives.org/documents/GIRA-2002.pdf

MacNeil, Heather. 2004. Contemporary archival diplomatics as a method of inquiry : lessons learned from tow research projects. Archival Sciences 4 : p.199-232

Williams, Caroline. 2005. Diplomatic attitudes : from Mabillon to metadata. Journal of the Society of Archivists 26, no 1 (avril) : p. 1:24

Zeller, Jean-Daniel. 2004. Documents numériques : à la recherche d’une typologie perdue… Document numérique, (août) : p. 101-106

Sources connexes

Gagnon-Arguin, Louise. 2001. Typologie des documents des organisations : de la création à la conservation. PUQ : 432 pages

Mas, Sabine. 2003. Propos généraux sur la notion du document. Archives SIC, commentaire sur le thème Document : forme, signe et relation, les re-formulations du numérique, 26 juillet 2003. En ligne <http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/perl/bbs/bbs.cgi.fr?forum=sic_00000413&task=show_msg&msg=0001&lang=fr>(d’après Savoirs CDI – le 9 novembre 2008)

Roger T. Pédauque. 2003. Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique. En ligne. http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00000511.html

2009-08-21 : Suite de la réflexion et de la revue de littérature via le billet La notion de genre(s) : un outil transférable pour l’évaluation des documents numériques sur ce même blogue.

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Diplomatique et numérique : ça rime…

Durant l’été, parallèlement à mon contrat d’auxiliaire de recherche, au séminaire (Archivistique audiovisuelle et numérique) de Bruno Bachimont que j’ai suivi à l’EBSI et à mon implication au sein de l’ Association des archivistes du Québec (AAQ), j’ai concentré mes lectures autour de l’impact du numérique sur le futur de la profession d’archiviste et sur l’archivistique. Je vais tenter ici de faire une synthèse de ce qui m’a marqué.

Les réflexions autour des documents numériques ont commencé dès les années 90, notamment autour des questions de préservation, le monde de l’imprimé et du support papier étant inquiet face aux enjeux que pose la séparation du contenu de son support qu’il n’avait pas rencontré auparavant. En effet, l’object numérique, soit une information, peu importe le type et le format, exprimée sous forme numérique (c’est-à-dire par des 0 et des 1) possède des propriétés qui sont à la fois physiques (inscription de signes), logiques (reconnus et exécutés par un logiciel) et conceptuelles (interprété et compris par un être humain).(Thibodeau, 2002)

Comme à la fois les supports physiques et les propriétés logiques s’avèrent peu durables dans le temps, pour diverses raisons (support physique plus fragiles qu’on ne le pensait, évolution rapide des technologies, etc.), il devient difficile de garantir l’intégrité et l’accès à l’information sur une longue durée. La migration récurrente est une solution mais pose le problème de la définition du maintien de l’intégrité et de l’authenticité du contenu. Le repiquage d’un support à l’autre est finalement moins un problème que les changements successifs, invisibles à l’oeil, qu’opère une migration d’un logiciel à un autre pour maintenir une lecture techniquement possible.

D’où l’émergence ou plutôt la ré-émergence de questions qui s’étaient déjà posées durant l’époque transitoire entre le manuscrit et l’imprimé.

La lecture de l’ouvrage de David McKitterrick, Print, Manuscript, and the Search for order 1450-1830, a été très éclairante.

David McKitterick

David McKitterick

Monsieur McKitterick est professeur de Historical Bibliography  et bibliothécaire au Trinity College à Cambridge. Son point de vue est révisionniste par rapport à la version officielle répandue sur l’histoire de l’imprimé et est d’autant plus intéressant qu’il soulève des points et révèle des biais que justement l’archivistique tente d’éviter aux chercheurs. Il remet en question plusieurs conclusions , de manière illustrée et argumentée.

«The drive among booksellers, bibliophiles and major nineteenth-century libraries alike to separate the printed from the manuscript, in libraries for the sake of departmental efficiency, resulted directly in the destruction of evidence that demonstrated conclusively the interchangeability of manuscript and print in the minds of earlier readers.» (McKitterick 2003, 50)

Parmi celles qui nous concernent le plus de nos jours avec le numérique, il insiste sur l’illusoire stabilité du texte imprimé. L’imprimé faisant foi, véridique et porteur de preuve serait une construction issue du 18e/19e siècle. Dans son livre, «[…] we shall discover how the concept, as well as the act, of printing in not necessarily one of fixity, of textual rest or (still less) of stability, but actually implies a process liable and subject to change as a result both of its own mechanisms and of the assumptions and expectations of those who exploit its technological possibilities to greater or lesser extend.» (McKitterick 2003, 4)

Aupraravant, l’imprimé ou le manuscrit ne faisaient aucune différence vis à vis de l’utilisateur final et était tout autant l’un que l’autre susceptibles d’être transformés et par l’auteur, l’éditeur, l’imprimeur et le lecteur. L’écrit, imprimé ou non, était avant le 18e siècle, un objet vivant et accepté comme tel. Les mentalités n’ont donc changé que récemment au regard de l’histoire.

Je viens de faire un petit retour sur l’histoire de imprimé pour mettre en relief également le fait que des pratiques et des savoir-faire ancestraux, perçu comme anciens et dépassés, pourraient bien revenir à la surface moyennant un petit dépoussiérage et une ouverture d’esprit. À savoir que la diplomatique et la philologie ne sont pas réservés au passé mais sont porteurs de réponses pour le futur. Bachimont et Chabin l’ont exprimé chacun à leur manière. (Bachimont, 2007; Chabin, 2007) Mais cette observation n’est pas seulement française. Elle est aussi présente en Angleterre (Bailey, 2007) et aux États-Unis (Nichols, 2008).

À lire sur le futur des archivistes : Currall, J. and Moss, M. (2008) We are archivists, but are we OK? Référence complète dans la bibliographie, vous y trouverez une riche bibliographie.

Bref, avant de jeter bébé avec l’eau du bain. Réfléchissons. Je ne vais pas apporter ici plus de commentaire ou d’approffondissement. Mon objectif est simplement de lever un drapeau et de dire, il y a quelque chose qui se passe par là…

Bibliographie 

Bachimont, B. (2007). Ingénierie des connaissances et des contenus : le numérique entre ontologies et documents. Paris, Hermès.

Bailey, Steve. (2007). Taking the Road Less Travelled By: The Future of the Archive and Records Management Profession in the Digital Age. Journal of the Society of Archivists, Volume 28, Issue 2 October 2007 , pages 117 – 124.

Chabin, Marie-Anne. (2007). Archiver, et après ?  Paris : Djakarta, DL

Currall, J. and Moss, M. (2008). We are archivists, but are we OK? Records Management Journal 18(1):pp. 69-91.

McKitterick, David. (2003). Print, Manuscript and the Search for Order, 1450-1830. Cambridge: Cambridge University Press.

Stephen G. Nichols. (2008). Born Medieva: MSS. in the Digital Scriptorium. Journal of Electronic Publishing, Ann Arbor, MI: Scholarly Publishing Office, University of Michigan, University Library
vol. 11, no. 1, Winter 2008

Thibodeau, K. (2002). Overview of Technological Approaches to Digital Preservation and Challenges in Coming Years. The State of Digital Preservation: An International Perspective. Washington D.C., Council on Library and Information Resources

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NASA et Internet Archive : projet d’archives audio et visuelles sur Internet

En 2007, la NASA et Internet Archive ont signé un accord pour la numérisation et la mise en valeur du patrimoine audiovisuel accumulé par la NASA.

« NASA and Internet Archive of San Francisco are partnering to scan, archive and manage the agency’s vast collection of photographs, historic film and video. The imagery will be available through the Internet and free to the public, historians, scholars, students, and researchers. » Communiqué du 27 août 2007, ici.

Le 24 juillet 2008, le site web est lancé pour donner accès à 144.000 documents : http://www.nasaimages.org

Simple remarque, ce qui est intéressant, c’est que le site permet à l’utilisateur de resserrer la recherche selon certaines facettes : What, Where, Who, When qui sont des index que le visiteur peut parcourir ou des facettes dans lesquelles il peut rechercher par mots clés. L’approche conceptuelle de Shatford (1986) fait donc son chemin dans la pratique …

http://www.nasaimages.org/luna/servlet/view/search?search=Search&q=astronaut&pgs=50&res=1&cic=nasaNAS%7E10%7E10%2CnasaNAS%7E12%7E12%2CnasaNAS%7E13%7E13%2CnasaNAS%7E16%7E16%2CnasaNAS%7E20%7E20%2CnasaNAS%7E22%7E22%2CnasaNAS%7E2%7E2%2CnasaNAS%7E4%7E4%2CnasaNAS%7E5%7E5%2CnasaNAS%7E6%7E6%2CnasaNAS%7E7%7E7%2CnasaNAS%7E8%7E8%2CnasaNAS%7E9%7E9%2CNSVS%7E3%7E3%2CNVA2%7E13%7E13%2CNVA2%7E1%7E1%2CNVA2%7E4%7E4%2CNVA2%7E8%7E8%2CNVA2%7E9%7E9

NASA Images – Thumbnail View

 

C’est ici un des exemples les plus évidents. D’autres catalogues d’images sont organisés de la même façon (le what, where, who, when étant un standard dans la description des images) sans que ces facettes soient ainsi ouvertement explicitées auprès du public.

Shatford, S. 1986. Analyzing the Subject of a Picture : A Theorical Approach. Cataloging & Classification Quarterly 6, no 3: 39-62.

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Les promesses de la gestion des archives audiovisuelles

Alors qu’il y a deux mois j’ignorais encore tout, ou presque, du monde audiovisuel, je me vois maintenant plongée dans un monde de progrès et réflexions prometteurs.

Je commencerai par mes impressions, toutes personnelles, et peut-être encore candides. Avec l’ère du numérique, je vois les documents audiovisuels passer du statut de documents à part, au statut de documents comme les autres. Non seulement les documents audiovisuels rentrent dans la famille de l’information à titre de document «comme un autre», mais ils y rentrent à titre d’objet de recherche inter et multidisciplinaire. Ceci est un atout. Il me semble à la lecture des écrits que j’ai lus jusque là, que les problématiques liées aux archives audiovisuelles vont permettre en retour d’alimenter les recherches en information textuelles dans un contexte numérique. C’est encore flou dans ma tête, mais c’est une intuition. Actuellement, les questions sur la gestion des archives audiovisuelles sont nourries par et adaptées des techniques traditionnelles de la bibliothéconomie mais aussi de l’archivistique et de l’informatique, et ce, tant au niveau conceptuel que technique.

Mais pour revenir sur des bases plus solides, je vous propose une synthèse de quelques lectures que j’ai faites dernièrement dans le cadre du projet de recherche sur réseau e-inclusion.

Qu’est-ce que des archives audiovisuelles ?

Les archives audiovisuelles, c’est un ensemble de documents et produits, publiés ou non, inscrits sur divers supports, de divers formats, tant au niveau analogique que numérique, qui ont évolué durant le temps et sont plus ou moins stables. Parmi les particularités de ces documents, on trouve :

  • Leur temporalité : à savoir qu’ils ne sont accessibles ou presque que selon leur rythme intrinsèque, on ne s’y repère pas par page mais en fonction d’un pointeur de temps. (voir Bachimont, 1998, à ce sujet).
  • Il s’agit d’une suite d’images fixes couplées avec du son, d’où le terme audio-visuel.

Comme le disent Olwen Terris — «[f]ilm and television archives are […] rich repositories of individual images» (Terris 1998, 54) — et Jorge Caldera-Serrano — «the moving image does not actually exist in television or film, but it is an optical effect called “retinal persistence” […], these images are actually still images. » (Caldero 2008, 18 ) — , ce qui permet d’espérer arriver à une reconnaissance des images ayant un haut niveau de complexité plus rapidement. L’impact sera de potentiellement obtenir de meilleurs outils pour l’indexation automatique au niveau descriptif du contenu.

Les images en mouvement font partie des documents qui permettent de témoigner de l’existence de certains faits et gestes. Mais il s’agit également d’un témoignage de l’interaction avec la société et ses influences (tant au niveau mental que sociétal) (Andreano 2007, 83).

D’ailleurs, l’UNESCO, en 1980, a officiellement reconnu que les films constituaient des documents qui avaient une valeur historique et qu’ils témoignaient d’une expression culturelle des peuples (Andreano 2007, 83) . Le jour officiel dédié à l’héritage audiovisuel a été lancé le 27 octobre 2007.

Pour le moment, il semblerait que les archives audiovisuelles sont une source de documentation sous-exploitée. Parmi les freins que l’on peut identifier à l’utilisation des images en mouvement en tant que source, on compte :

  • Le manque de crédibilité auprès de la communauté des historiens, notamment, mais ce serait en train de changer.
  • L’accessibilité difficile. Dans le monde des documents analogiques, les difficultés d’accès étaient indéniables (cela demande de posséder les matériel adéquat, par exemple) et donner accès à des images en mouvement reste souvent un exercice qui demande beaucoup de travail et de ressources matérielles, et donc d’argent. Le numérique est en passe de changer ça.
    Également point de vue accessibilité : il est impossible ou presque pour le moment de fureter et de naviguer librement à travers le contenu des films ou tout simplement des collections de films. Il y a très peu de description de contenu pour des raisons comme le temps et l’argent, encore une fois. Ce temps qui n’est pas investi dans la description retombe sur les épaules des chercheurs, ce qui freine eencore leur intérêt pour ce type de document (Andreano 2007, 84) .
    Ensuite, comme l’a écrit Bruno Bachimont dans plusieurs de ses écrits (1998, 2007), les images en mouvements sont des documents temporels linéaires qui forcent un rythme de lecture contrairement à un livre. Mais encore une fois, le numérique ouvre à de nouvelles possibilités (Bachimont 2007, Andreano 2007, Caldera-Serrano 2008).
    Et il existe encore d’autres freins qui ne me viennent pas à l’esprit maintenant, qui font obstacle l’accès à ces sources d’information.

Une des solutions pour les questions d’accessibilité sont l’indexation et la description. Sans être le seul à l’affirmer (je ne pourrais lister tout le monde), Andreano (2007) insiste sur le fait que la description est un lien essentiel pour l’accès, c’est d’ailleurs vrai pour tout type de document.

Décrire quoi et comment

Il faut une description et une indexation, mais à quel niveau ?
La première distinction se fait entre la manifestation du document dans son entièreté et sa globalité, et de son contenu. Actuellement, dans les catalogues, les films sont représentés par une description de type bibliographique associée à des sujets concernant l’ensemble de la production, et non d’une description détaillée plan par plan, ni par chapitre, comme on peut le trouver dans les DVD. Pour en apprendre plus sur le catalogage des images en mouvement, il est bon de se référer à Martha Yee (2007).

Cependant, tout comme il est possible maintenant de faire des recherches en plein texte dans les documents textuels, l’accessibilité aux documents audiovisuels plan par plan, dont le concept n’est pas nouveau et faisait partie de la mission et des objectifs d’origine de la National Film and Television Archive (NFTVA) à Londres en 1935, devrait pouvoir être davantage envisageable.

Les avantages de la description plan par plan sont les suivants (Terris 1998,54-55):

  • Cela évite au chercheur d’avoir à visionner le film en entier si à partir de la description on sait que ce type de séquence n’est pas dans ce film.
  • Les chercheurs sont plus intéressés à ce qu’ils entendent plutôt qu’à ce qu’ils verraient. Et Caldero (2008 ) de rajouter «[…] particulary for television material, most of the time sound can provide a higher informative content than audio-visual information.» (Caldero 2008, 17)
  • Cela ajoute de l’information utile pour documenter la production d’un film.
  • Cela augmente le nombre de points d’accès.
  • Terris indique que le «[s]hotlisting is largely a service provided by cataloguers for users who don’t know exactly what they want. (Terris, 1998 )»

    Quant à la profondeur ou le détail de la description, tout dépend des besoins des utilisateurs, donc de la collection et du fonds. De plus, «[g]iving a fuller description of content and providing in-depth indexing will “sell’ the film to a wider audience.» (Terris 1998, 57). Donc, cela augmente la valeur commerciale de la collection. Andreano souligne quant à lui qu’une image individuelle dans un film peut avoir plus de valeur que le film au complet (Andreano 2007, 85).
    Les deux auteurs signalent qu’un des désavantages majeur de la description plan par plan, c’est le temps, le manque de catalogueurs qualifiés et bien sûr l’argent (Terris 1998, Andreano 2007).

    Plusieurs moyens sont maintenant disponibles pour rendre l’indexation plus efficace et donc l’extraction d’information plus facile et rapide pour l’utilisateur (Andreano 2007, 85) :

  • l’automatisation à l’aide des nouvelles technologies, ce qui permet d’augmenter la productivité;
  • la folksonomie (participation des utilisateurs) et les descriptions en vocabulaire libre;
  • le vocabulaire contrôlé pour aider soutenir et guider indexeur et par conséquent, l’usager dans ses recherches;
  • la conjonction de la recherche plein texte, de l’indexation en vocabulaire libre par les catalogueurs professionnels comme le public, du vocabulaire contrôlé et des technologies en intelligence artificielle (reconnaissance vocale et d’images), elles-mêmes nourries et améliorées par le vocabulaire utilisé et produit dans une relation rétroactive différée.

Les promesses du numérique concernant l’indexation, les descriptions et l’extraction d’information

Les possibilités offertes par les progrès technologiques en extraction automatique d’information et en intelligence artificielle ne manqueront pas d’aider les gestionnaires de l’information à mieux répondre aux besoins des utilisateurs. La technologie ne remplacera pas l’intervention humaine nécessaire pour indexer ou décrire des choses et relations que les machines ne peuvent détecter correctement, notamment tout ce qui est conceptuel et symbolique. S’assurer de bien comprendre et de répondre adéquatement aux besoins des utilisateurs, seuls les humains peuvent le faire, car nous avons la capacité cognitive de faire des liens, particulièrement concernant les questions futures non prédictibles. Comme le dit Terris, fort de son expérience, «[…] human indexing intervention would be needed to make retrieval possible under the unspoken, sought after, terms.» (Terris 2001, 42)

À court-moyen terme, l’extraction automatique de contenu, la reconnaissance vocale, les recherches en biométrie et en reconnaissance d’image, sont autant de technologies qui iront et pourront supporter le travail des gestionnaires de l’information, en augmentant la productivité et l’efficacité au niveau descriptif du contenu. Le niveau contextuel, conceptuel et parfois plus subjectif dont certains utilisateurs ont besoin, demandera nécessairement une intervention humaine et plus souple, que ce soit pour faire évoluer les relations sémantiques en fonction de l’évolution de la société et des connaissances (une pré-coordonination, la création de thésaurus, d’ontologies, etc.) ou en fonction d’une demande toute nouvelle, qui vient d’émerger, donc dans le soutien à l’utilisateur «avec les moyens du bord» et l’aide de méthodes d’heuristiques acquises de par le savoir-faire et développées en fonction de sa propre expérience et en interaction directe avec l’utilisateur (davantage en post-coordination) .

Bibliographie

Andreano, K. 2007. The Missing Link : Content indexing, User Created Metadata, and Improving Scholarly Access to Moving Image Archives. The Moving Image 7-2 (Fall), p. 82-99

Ce texte est un bon article pour avoir un point de vue d’ensemble de la question des archives audiovisuelles concernant l’indexation et sur les avantages et inconvénients de chaque pratique : indexation automatique, indexation par les utilisateurs (folksonomie), indexation ou description en vocabulaire libre ou contrôlé, etc.

Caldera-Serrano, J. 2008. Changes in the management of information in audio-visual archives following digitization : Current and future outlook. Journal of Librarianship and Information Science 40-1 (March), p.13-20

Bachimont, B. 1998. Bibliothèques numériques audiovisuelles : des enjeux scientifiques et techniques. Document numérique 2, no 3-4.

Bachimont, B. 2007. Ingénierie des connaissances et des contenus : le numérique entre ontologies et documents. Paris: Hermès science publications.

Terris, O. 1998.There was this film about… The Case for the Shotlist. Journal of film preservation 56, p.54-57

Terris, O. 2001.What you Don’t See and Don’t Hear : Subject Indexing Moving Images. Journal of film preservation 62, p.40-43

Yee, M. M. 2007. Moving image cataloging : how to create and how to use a moving image catalog. Westport, Conn.: Libraries Unlimited. xiv, 273

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La division des Images et Photographies de la LoC

Library of Congress -Washington- Hall, par Karin Michel

Fin février-début mars dernier, le Groupe étudiant de l’Association des bibliothèques spécialisées (GESLA) de l’EBSI a organisé un voyage à la Library of Congress (LoC), à Washington, auquel j’ai participé. Étant des étudiants en bibliothéconomie, le personnel de la LoC  nous demandait de nous répartir en différents groupes d’une dizaine de personnes afin de visiter quelques départements, ce qui ne fait pas partie d’une visite guidée habituelle du grand public. Je m’étais inscrite au groupe de la Prints and Photographs Division.

Contrairement à des centres d’archives, les bibliothèques maintiennent, diffusent et préservent des documents publiés, mais pas nécessairement toujours uniquement des documents publiés. Par exemple, la Library of Congress (LoC) collectionne — n’archive pas mais bien collectionne — également des documents d’archives, particulièrement la division des manuscrits, des images et des photographies, des films et des sons (musique, discours et témoignages).

Aux États-Unis, la U.S. National Archives and Records Administration (NARA) ne préserve que les archives institutionnelles des institutions fédérales ayant trait aux activités fédérales et n’acquiert aucun fonds privé, pas même ceux des présidents des États-Unis dont les archives sont rassemblées au sein de Presidential Libraries. Ces dépôts présidentiels sont chapeautés par la NARA et réglementés par la Presidential Libraries Act votée en 1955 et amendée en 1986. 200803-Washington-NARA-dépôt des archives de la Guerre civile, par Karin MichelCe que j’ai appris en faisant l’école buissonière, en n’allant pas aux conférences organisées pour nous à la LoC, mais en répondant, avec quelques collègues, à une invitation, à venir visiter les coulisses de la NARA, une occasion que je n’ai pas voulu manquer malgré mon intérêt pour les conférences de la LC. Les archives privées sont donc essentiellement laissées sous la responsabilités de Centres et associations d’histoire ou d’administrations locales selon les intérêts locaux.  De son côté, chaque division de la LC établit ses politiques d’acquisitions qui peuvent comprendre des colections issues de fonds d’archives.

C’est ainsi que la Prints and Photographs Division acquiert une grande partie de ses images et photographies. Vous pouvez en apprendre plus sur la politique d’acquisition de cette division ici. D’ailleurs quand les bibliothécaires de la division nous ont accueillis, ils nous ont montré des boîtes issues de l’acquisition récente du fonds d’un photographe. Les fonds sont repartis à travers les divisions selon leur spécialité et leur mandat. Dans ce cas, le fonds contenait des manuscrits qui seront traités par la division des manuscrits.
Le non respect de l’intégrité et du principe de provenance du fonds doit faire sursauter quelques archivistes. J’ai posé la question, étant donné que les photos sont traitées comme une collection qui est séparée du reste du fonds, lui-même dispersé parmi d’autres divisions, si au moins, ils préservaient, sinon documentaient, le lien intellectuel entre les parties ainsi traitées. On m’a assuré que oui.
Mais le mandat d’une bibliothèque n’est pas celui d’un centre d’archives, ainsi le fonds n’est pas traité de la même manière intellectuellement. Question conservation et préservation, les normes sont respectées autant que possible en fonction des ressources financières disponibles. Les contraintes et les problèmes rencontrés sont les mêmes que pour les centres d’archives.

Question statistiques, en 2008, le personnel du département a diminué de presque de moitié, en raison de coupures budgétaires. L’équipe est composée de 37 membres : conservateurs, personnel technique et de référence.

Cette impressionnante collection comprend 13.7 millions d’images et de photographies, dont 11 millions sont traitées, donc rendues disponibles au public. En février, ils avaient dépassé le million d’images numérisées. 50000 documents sont numérisés par année. Les documents numérisés en priorité sont les négatifs plus fragiles et moins facilement accessibles au public.

Les spécifications techniques de numérisation sont en général :

  • 5000 pixels sur le côté le plus long (8×10 = 500ppp; 4×5 =1000 ppp)
  • les très grands documents : sont à ou proches de 300ppp autant que possible
  • 8-bit en gris ou 24-bit RGB
  • TIFF 6.0 non compressé

Ils comptent passer à des images en 16-bit dans l’avenir. La préservation des documents numériques est sous la responsabilité du département des technologies de l’information.

 Concernant le projet avec Flickr, sur lequel j’avais publié un billet, aucune décision n’avait encore été prise à savoir s’ils allaient l’étendre ou non. Les contributions des utilisateurs sont analysées et vérifiées puis ajoutées à la description dans le catalogue de la division si c’est pertinent par rapport aux objectifs de la collection. Ils ont de cette manière réussi à obtenir certaines informations, inconnues, sur certaines photos et leurs circonstances. Contrairement au projet photos-normandie, ils sont donc choisi de publier les étiquettes/tags et de les vérifier après plutôt que de contrôler les ajouts puis de les rendre publics. Le projet avec Flickr a apporté beaucoup de visibilité à la division. La question reste maintenant si cela leur permettra d’obtenir plus de fonds pour gérer ce nouvel afflux de demandes…

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Application du Dublin Core aux images

Cataloguer les images fixes ou en mouvement est tout un défi en raison de leur particularité. Une image vaut mille mots… mais justement c’est trop…

Les recherches sont de plus en plus nombreuses sur ce sujet. En voici une dernièrement publiée par Logo Ariadne pour ceux qui s’intéressent aux images et aux métadonnées. «Towards an Application Profile for Images», Ariadne no 55, Avril 2008 : «Mick Eadie describes the development of the Dublin Core Images Application Profile Project recently funded through the JISC

Je ne commente pas, je n’ai pas eu (pris) le temps de le lire… ;-( …, mais je suis dans le dédale de la réflexion sur ce large, particulier et passionant domaine.

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Karin Michel, M.S.I.
Architecte d’information et de données, Gouvernance de l’information et des données

M.S.I obtenue à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information
Université de Montréal
Québec - Canada

Les propos tenus sur ce blogue sont des réflexions personnelles et n'engagent en rien mon employeur ou quelque personne que ce soit avec laquelle je travaille.

Intérêt en
gouvernance des données, architecture d'entreprise, modélisation de données, knowledge management, RIM, GID / GED, architecture de l'information et de données, ..., analyses de besoins, etc.
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